Nouvel an YM

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Nouvel an : ce qui doit être lu...

Le nouvel an, est toujours l'un de ces rares moments où convergent espérances, attentes et résolutions. Premier Janvier, le calendrier romain fait de ce moment - au delà des apparences convenues - un événement bien plus religieux et chrétien, que peut l'être Noël, cette fête anté-chrétienne récupérée.

Le calendrier romain s'est imposé au monde par des conquêtes militaires et commerciales. Si les peuples non européens sont émotionnellement touchés par Noël, c'est qu'au delà de la récupération chrétienne coloniale et même lorsqu'ils ont intégré le rite chrétien, ils perçoivent la puissance de ce moment dans un rapport de l'humain à la nature. Et même s'ils ne sont pas confrontés historiquement, pour leurs survies et leurs existences, aux mêmes conditions atmosphériques et eco-systémiques, il y a partout dans le monde des moments saisonniers où la confrontation humain/ nature est très forte et amène ses propres rites sociaux sous forme de fêtes et célébrations. C'est cela que l'on peut percevoir avec Noël: les derniers signes d'un lointain passé où l'homme européen, avant même qu'il ne devienne paysan et sédentaire, se confrontait aux cycles naturels qu'il célébrait ou tentait de conjurer.

Il y a 10 000 ans, en Europe, l'homo sapiens-sapiens, dernière espèce connue d'hominidés a y séjourner (Neandertal ayant disparu depuis 25000 ans), survivait dans une nature hostile et glaciaire. Le réchauffement climatique permit ensuite une expansion végétale et animale, avec les forêts et les plaines, condition incontournable d'une modification des conditions d'existence. Une chasse plus difficile sur le plan "sémantique", mais plus abondante quant aux possibilités, une diversité végétale plus grande. Mais les clans restaient soumis aux variations saisonnières: les chasseurs/cueilleurs/pêcheurs devaient leur survie autant à leur fécondité qu'à leur adresse. L'hiver, il fallait avoir gardé de quoi tenir jusqu'au beaux jours et savoir pister ce qui semblait vivre encore: fruits d'hiver, bois, petits animaux.
Dans ce contexte, les rites sociaux s'organisèrent autour de ce qui comptait et que l'on retrouve aujourd'hui dans le Noël profane. Célébrations de fécondité, échanges, cadeaux et ripailles vécus comme sacrifices conjuratoires de biens nécessaires à la vie. Le souvenir transmis, de génération en génération, d'une ère glaciaire ancestrale, pouvait laisser craindre à chaque hiver le retour de celle-ci, ainsi célébrait-on, toutes les manifestations de vie végétale et animale, qui au coeur de l'hiver se montraient. Certains célébraient, d'autres fétichisaient, c'est ce que faisaient les humains de ce temps - comme aujourd'hui - de leur rapport à la crainte.

Et, puis l'humain d'Europe appris, découvris, ce que d'autres comme lui, ceux du "croissant fertile" avaient découvert et appris avant lui: domestiquer la nature végétale et certains animaux lui permettant une sédentarisation et la prise de conscience du travail et de sa propriété. Sédentaires, le rapport démographique passa de 1 à 5O, mais la nature sauvage restait encore vaste et abondante.
Sédentaires, ce n'est plus en tant que nomades qu'ils avaient à affronter les saisons et les imprévus de la nature, mais en tant qu'agriculteurs et éleveurs pour nourrir et abriter des populations de plus en plus nombreuses. Ils durent alors observer, comprendre, tous les signes célestes et terrestres leur permettant de prévoir comment résister à l'hiver et jouir de récoltes satisfaisantes pour nourrir tout le monde.

Quelques peuples de nomades subsistèrent de plus en plus difficilement dans un monde de paysans sédentaires remembrant tout l'espace et bientôt gagnés par la séparation des fonctions, leurs descendants appelés "gens du voyage" sont encore de nos jours persécutés, en Europe. Pour les paysans, les cycles du soleil et de la lune devinrent fondamentaux: observés de façon savante, ils furent célébrés mais aussi parfois totémisés et fétichisés. La nuit la plus longue, précédant le rallongement du jour par rapport à la nuit, retint toute l'attention des humains. Le solstice d'hiver devint un moment de célébration, faite de crainte et de joie mêlées, de rites et de fêtes, dans l'attente et l'espérance du retour des jours fertiles et abondants.
Noël était là, un jour viendrait - pas tout de suite - où les conditions de la célébration d'un soleil mourant et ressuscitant, rentrerait en résonance avec un dieu unique dont le fils, divinité incarnée et mourante, ressusciterait...

Alors quelles résonances, en cette période de Noël et d'an neuf, avec les événements contemporains. Nous sommes plus de 6 Milliards et cela ne fait que croître et multiplier. Nous subissons déjà nos propres effets dévastateurs sur l'espace naturel, des millions de gens meurent de faim et de soif, le système semble lui même en panne, plus personne ne semble en capacité de comprendre et de contrôler tous les tenants et aboutissants. L'argent pris dans sa qualité spéculative est lui même en crise. Le progressisme classique est mort, comme le fut Dieu, et les manifestations radicalisées religieuses ne sont que d'ultimes et bruyants soubresauts de passés mythifiés et révolus qui ne portent aucune solutions aux problèmes du temps, sinon qu'ils en accompagnent l'aggravation. Régulièrement des découvertes scientifiques démentent l'histoire sur laquelle étaient fondées les religions du dieu unique: La nébuleuse Orion, une maternité des étoiles, plusieurs espèces humaines ayant coexistées avec la notre, Neandertal mais aussi dernièrement le petit homme de Florès, des mise en oeuvre particulaires et high-tech époustouflantes, des connaissances psychodynamiques et cliniques de plus en plus approfondies....

Crise Financière

Nous sommes cependant pris dans une crise financières aux conséquences incalculables, une crise déjà connue et annoncée, en silence, par quelques observateurs et pourtant occultée par les médias et les politiques durant ces dernières années électorales.
Pour la première fois, de nombreuses personnes s'interrogent sur un avenir incertain et prennent conscience que le système capitaliste, libéral, marchand au sein duquel ils évoluaient ne les rend pas aussi libres qu'ils le croyaient. Nombreux étaient ceux et celles qui pensaient que c'était le système qui leur donnait le plus de libre arbitre quant à leur réussite. celui qui voulait, à force de travail honnête, pouvait s'en sortir et tant pis pour les autres, c'est qu'ils n'avaient pas choisi le bon chemin. Cette illusion de liberté, renforcée par l'emprise du marché sur leur moi intime, rendait inacceptables les solutions collectives de partage des richesses produites - même lorsqu'elles proposaient de s'appuyer sur un minimum collectif contrôlé de façon très démocratique et fédéraliste, comme nécessité fondamentale au libre épanouissement, à la liberté. Certes, l'émergence au XXème siècle d'authentiques totalitarismes d'Etat, leur servait, souvent à juste titre, d'argumentaire pour se méfier. Toute concession sur leur illusoire liberté pour un minimum collectif où ils auraient à s'impliquer était rejetée car il ne voulaient pas avoir l'impression de dépendre d'un système. Seul le capitalisme libéral et marchand leur semblait suffisamment souple pour leur offrir des échappées hors système, que bien sur, ils sauraient trouver en cas de besoin.
Cette illusion est désormais révolue, à la "faveur" de la crise, dans un monde écrasé par l'argent capitalisable et spéculable, unique mesure de toute chose et de toute valeur. Nombreux sont ceux et celles qui se rendent compte qu'ils sont de fait prisonniers d'un système dont la seule loi est "marche où crève". Ils assistent parfois, éberlués, au fait que les quelques rares voix à encore proposer des solutions de jugulation collective de la misère se font traiter de totalitaires, alors qu'ils sont en train de comprendre que le système totalitaire qui les emprisonne dans cet espace (Etats-nations, capitalisme, marchés, finance, militarismes, religieux, communautarismes et publicitaire), et qu'ils ne voient plus de solutions possibles et d'améliorations dans ce cadre là.

Et si la crise n'était qu'une tentative de renforcement de ce capitalisme, garanti par les états-nation, contre les individus fragilisés et atomisés ? Si elle n'était que la manifestation d'une guerre féroce entre divers intérêts, annonçant des changements importants du cadre de vie, de la hiérarchie des puissances et des priorités reconnues ? A la faveur de la crise écologique, un capitalisme vert produisant et imposant, à crédit renouvelé, relancé et croissant, toute une gamme d'objets nécessaires à la vie moderne au nom de l'éco-citoyenneté, mais sans changement structurels de fond. Un capitalisme occidental cherchant à tout prix à rester dans la course et en situation dominante vis à vis des capitalismes émergents venus des tiers mondes... Un pari risqué pour le capitalisme qui doit sa survie à sa capacité de relance vers de nouveaux marchés. Paradoxalement, cette crise là, qui est peut-être la première manifestation d'une limitation réelle de l'expansion capitaliste se heurtant au limites du monde, semble préparer son rebondissement sur sa propre finitude en préparant la relance éco-capitaliste... S'il échoue, dans cette relance, non seulement dans ses profits immédiats, mais dans la nécessité d'une harmonisation démographique, matérielle, éco-systémique dans le rapport de l'humain au monde, alors ce sera sa fin. Comme on imagine mal le capitalisme renoncer au profit spécultif, nous rentrons pour les prochaines décennies dans une période chaotique de profonds bouleversements. Dans le bon sens, ou la mauvais sens, selon la prédominance des forces en présence.

Etat et banques...

Barak Obama, comme en France Nicolas Sarkozy pour l'Europe ont cherché des solutions de garanties par l'Etat aux banques, dans le but, de repositionner leurs économies en relançant l'activité productrice de croissance du marché national, voire continental, afin de se placer en position de leader profitant de ce moment de faiblesse des autres économies liées à la crise. Mais cela s'est vu et ne sera pas pardonné (voire la Chine) et cela n'a pas vraiment eu, pour le moment, de succès visible tant le marché et les spéculations sont complexes et intriqués au niveau mondial. Pour le moment, aux USA, cette tentative est mise en échec, certainement par des intérêts supranationaux dépassant le cadre US.
Peu de marches de manoeuvres donc, nous allons subir l'aléatoire sans porte de sortie.
D'autant que les marchés se superposent, ceux du superflu parasitant ceux de l'essentiel, mettant en péril ce même essentiel.

Pouvoir et autorité

Le fait qu'il y a quelques années, alors ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy survola le ciel de Paris en hélicoptère une nuit de la Saint Sylvestre, n'en fait pas le profane Saint Nicolas. Il essaie d'asseoir son autorité contestée, en se montrant homme de pouvoir, mais il y a une différence profonde entre ce qui relève de l'autorité et ce qui relève du pouvoir. Il a même tenté, avant son dernier mariage un simulacre de sacre par le pape Benoît XVI, dans le seul but de montrer qu'il était garanti par le pouvoir spirituel de la religion romaine, mais nous ne sommes plus au temps des rois chrétiens et l'influence de l'église, en perte de vitesse bien que médiatiquement active, reste insuffisante pour ce type de dessein. Pouvoir temporel et spirituel, comme croisement de deux fonctions dominantes lorsqu'elles sont séparées de la troisième, productrice, n'ont plus le même sens dans un monde exclusivement contrôlé par les aléas du marché.

Civilisation et biopolitique...

Nicolas Sarkozy, a définit la civilisation comme ce qui se rapportait au "vivant". C'est très dangereux et réducteur, mais révélateur de sa politique. Réduire la civilisation au vivant, nous fait rentrer dans la "biopolitique", c'est à dire la gestion du vivant par la non prise en compte de la filiation, de l'affiliation et de l'existant. C'est pourtant l'existant qui fonde la civilisation. Le "vivant" isolé et sa gestion nous mènent à la gestion de masse, comme l'est la traite du travail. C'est totalitaire et intemporel. L'existant inclus et dépasse le vivant, et relève de la filiation qui n'est pas seulement familiale. On peut être mort et néanmoins existant par une oeuvre transmise et toujours active. D'une autre façon un personnage mythique issu d'un lointain passé, mais porteur de valeurs toujours actuelles, peut se mettre de nouveau à exister dés lors qu'un être, vivant, à la hauteur de la situation les incarne...
Lorsque l'on parle de discrimination positive, d'immigration choisie, de nouveaux territoires et pôles, de suivi génétique, on est - au delà des plans sociaux - dans la gestion biopolitique du vivant, dans la gestion de la traite du travail, pas dans la civilisation.

On perçoit mieux, à quel point la génération politique actuellement à la tête de l'Etat, a été influencé par ces clubs très à droite, voire d'ultra droite, très actifs dans les années 70 puis 80. Ces clubs ont développé par réseaux ramifiés leur contre-révolution culturelle et aujourd'hui politique: nouvelle droite et surtout club de l'horloge. Une horloge qui évoque le balancier du retour en arrière, portée par une génération qui non seulement remet en cause les acquis sociaux du conseil national de la résistance, mais entend bien inverser le processus. Ce qu'ils appellent réforme, ne relève même plus de la contre réforme, mais d'une contre révolution. Travailler plus, plus longtemps et se contenter du peu que l'on a.

Liquider Mai 68..?

Dés que Nicolas Sarkozy est arrivé à la présidence de la République, il a affirmé qu'il allait liquider Mai 68.
Au delà du fait que l'on confonde trop souvent, Mai 68 et l'après 68, cela ne signifiait pas qu'il allait interdire toute célébration, ni même polémiquer sur le contenu, 40 ans après. Le marché s'est déjà chargé réduire Mai 68 à des "clichés" historiques caricaturaux. L'intention présidentielle est beaucoup plus structurelle que cela. Lorsque Nicolas Sarkozy entend nommer directement les présidents de chaînes de télévision publique, c'est un retour à l'avant 68, lorsqu'il entend placer la santé (et en particulier la psychiatrie publique) sous contrôle d'Etat, (Hospitalisations d'office sécuritaires, Agences Régionales de Santé, chefferies de pôle et donc rétablissement d'une forme de mandarinat), c'est encore un retour à l'avant 68. Comme le balancier d'une horloge, non plus une marche en avant, mais un retour en arrière... à l'avant, quand tout cela n'avait encore jamais existé, pour invalider définitivement dans le futur cette page d'histoire, pour que l'on puisse dire un jour: "mai 68" ? mais cela n'a jamais existé... Une forme actuelle de totalitarisme et de négationisme d'Etat. Et il y a de nombreux exemples à étudier, en particulier, dans l'éducation nationale, l'université... Nouveaux lieux de la sélection pour l'organisation de la traite. Un retour en arrière, au service des aléas des marchés, de tous les axes structurels de la société avec des conséquences désastreuses dans le quotidien des gens. Evidement, tout cet effort d'Etat, est favorisé par l'oubli et les "clichés" ignorants, mais aussi par les aspects négatifs de l'après 68. Ces aspects négatifs de l'après 68, que nous devrions critiquer pour mieux avancer, ne l'ont pas été par cette droite Sarkozyste qui les a utilisé comme failles pour s'engouffrer, mais aussi comme modèles à incorporer. Les aspects négatifs de l'après Mai 68, en terme d'absence de rigueur structurelle, se sont manifestés dans les faits, au profit de la communication de marché et de la dérégulation libérale, amplifiant ceux qui relevaient de la perversion. Perversion que l'on retrouve aujourd'hui comme mode opératoire de la RGPP.

RGPP...

Plutôt que de garantir la continuité des services publics, l'Etat leur fait porter le poids de sa propre dette, sans aborder la question au niveau de la politique internationale. La question se réduisant à la seule adaptation à l'aléa des marchés. Ainsi, les soit disant déficits des services publics ont été créés ces dernières années par la politique d'Etat, devenant alors une charge imposée à ces mêmes services dont les missions sont par ailleurs orientées vers des formes nouvelles de privatisation. La révision générale des politiques publiques (RGPP), est l'incarnation de cette politique... Lorsque l'on vous dit que tel hôpital - comme les 3/4 des hôpitaux - est en déficit de tant de millions d'Euros, ce n'est pas du à des erreurs de gestion de cet hôpital, mais à la RGPP, qui fait que ce déficit particulier créé est à comprendre comme une pièce de la mosaïque de la dette d'Etat. Créant de ce fait un budget restreint dont le différentiel avec l'ancien budget doit correspondre avec la part de dette dont l'Etat rend responsable l'hôpital. Ainsi 60 Millions d'Euros de dette publique, se voient au détriment de la qualité, et de façon aveugle, amputés aux différents services publics. Au détriment du service et du public !
Dans un contexte où ces services publics sont désormais dépendants des marchés et des bourses. Le pérenne, l'acquis, sont donc livrés à l'aléatoire et aux copains du privé.
Comme nous l'avons déjà souligné, le problème hélas (navrant misérabilisme de la gauche oblige), n'était pas que Nicolas Sarkozy aille sur le yacht de son ami Bolloré, pour se reposer des élections dans le luxe. Si cela n'avait été que cela ! Le problème était surtout de savoir ce qu'il s'y était vraiment passé, si ce séjour n'avait pas été l'occasion, montée de toutes pièces, pour que le tout nouveau président, après les félicitations d'usage, à l'abris des regards et des oreilles indiscrètes, sous camouflage "bling-bling", vienne prendre ses ordres de missions auprès des représentants les plus influents du club des hyper-riche, ceux qui tiennent vraiment le cadre mondial.

Démographie et migrations...

Revenons un instant sur 68. Ce qui est le plus important à souligner, c'est qu'en Mai 68 il y avait sur la planète moitié moins de bouches à nourrir qu'en Mai 2008.
Claude Lévi-Strauss vient de nous le rappeler, pour ses 100 ans, comme un constat et surtout un avertissement. La croissance démographique, spectaculaire depuis quelques décennies, ne pourra continuer sans conséquences incalculables.
La raréfaction des denrées essentielles aux besoin fondamentaux, la consommation par 20% d'habitants de 80% des ressources planétaires, les luttes intercommunautaires d'intérêt, le développement de mégapoles hyper-urbaines, la transmission planétaire et instantanée des communications, l'économe aléatoire de marché comme seul repère, les délocalisations/relocalisations de sites productifs, la flexibilité imposée aux travailleurs, les choix imposés en matière de lieux, de modes et de types de productions agro-alimentaire, vont, dans ce monde de plus en plus surpeuplé, entretenir le mouvement nomade incessant de plus d'un milliard d'habitants. Dans un monde acquis majoritairement à la sédentarisation depuis quelques millénaires.
Mais il ne s'agit pas cette fois d'un nomadisme originel et de survivance au sein d'un univers exclusivement naturel que l'humain n'a pas encore annexé. Il n'y a pas de précédent historique car l'espace naturel et déjà saturé d'humains, annexé et remembré. Un nouveau mouvement nomade pas seulement motivé par le nombre mais aussi par de nouvelles conditions de la traite du travail liée à la gestion de la misère et de la peur qu'elle inspire. Ainsi, entre discrimination positive avec son immigration choisie et refonte du parcours scolaire, nous assistons à la mise en place d'un méga-système de la traite du travail qui se situe au delà, et en deçà, du salariat: un nouvel esclavage de masse lié à des conditions de vie quotidiennes modifiées et imposées. Le but des nouveaux pouvoirs d'Etat étant de sécuriser les espaces du marché et de la traite.

Sans papiers...

En France la condition des sans papiers, et des migrants en général, en est une illustration. Il faudra revenir sur l'affaire du "deal" survenu entre le gouvernement français, via le ministre Mr Brice Hortefeux, et la CGT via madame Francine Blanche, à propos de la régularisation de 1000 sans papiers qui fut aussi une régularisation des patrons voyous proches du pouvoir qui "employaient", des sans papiers. Le problème n'étant en rien réglé, il y a occupation de la bourse du travail de la rue Charlot à Paris par 1300 travailleurs non régularisés, occupation depuis Mai 2008 que les services d'ordres des différentes confédération syndicales s'apprêtent à faire cesser manu militari, au nom des accords, c'est à dire du "deal" passé avec le pouvoir politique...

D'autres migrants, historiquement derniers descendants en Europe, de peuples qui ne s'étaient jamais sédentarisés, subissent aujourd'hui toutes les persécutions et exclusions dans un univers encadré par les Etats et les communautarismes de marché. Voir l'actuelle persécution et stigmatisation des Roms, en particulier en France.

Nous cherchons toujours, des références historiques dans les phénomènes passés, pour tenter de comprendre ce qui est en train de se passer et ce qui pourrait se passer. Il y a cependant toujours une inconnue liée au fait que ce qui peut arriver dépend aussi de la croissance démographique et que des conditions inédites et décisives se manifestent sans que l'on ait pu les prévoir car elles sont vraiment nouvelles.

Humanisme et Loi...

Envisager une nécessité de stabilisation démographique heurte, sur le fond, un certain humanisme, lequel, même laïc, n'a pas remis en cause la suprématie dominante de l'humain sur la nature déjà "légitimé" par le monothéisme. Cet humanisme laïc a même rejeté sur la nature les qualificatifs désignant les actes criminels de l'humain. Cet humanisme là s'est fondamentalement trompé et, tout mouvement reposant sur lui est voué à l'échec et ne peut qu'entretenir l'aggravation de la situation.. Un humanisme qui n'est que la forme laïcisée du monothéisme, qui tout en rejetant souvent la croyance en dieu et plus souvent les institutions religieuses et leur main-mise sur l'espace publique, n'a pas accompli véritablement son émergence fondatrice. Il n'a pas remis en question les fondements de la loi dictée par ce dieu unique créé par l'homme patriarcal et, par conséquent, il ne s'est pas affranchi du dogme de la suprématie dominante de l'espèce humaine moderne sur le reste de la nature. Cet humanisme là, s'est fondé sur l'idée que la nature est suspecte et que seul compte la culture même lorsque celle-ci nie l'importance de la nature et le fait que nous en sommes issus.
A partir de là, l'humanisme définit l'homme comme bon et lorsque cet homme se comporte d'une façon horrible on le dit in-humain, voire bestial. La faute est rejeté sur la bête, parfois désignée comme monstre, elle n'est pas humaine. Cet humanisme là, n'assume pas la complexité qualitative de l'être humain, il ne peut donc être fondateur d'une politique véritablement nouvelle. Cet humanisme est autant fondé sur la diabolisation de la nature que le fut l'église lorsqu'elle satanisa les anciennes pratiques des chasseurs cueilleurs liées à la sexualité, la fécondité et à la liberté de la femme, en inventant le diable.
La forme moderne et laïque, de la loi monothéique, c'est la déclaration des droits de l'homme telle qu'elle fut retenue par les Etats. On retrouve en son sein, la même potentialité perverse que dans la loi monothéique, celle qui reconnaît comme un droit de l'homme l'exploitation de l'autre. Tout est affaire ensuite de nuances et d'époque. Comme la loi, pouvait légitimer le viol et la pédophilie lorsqu'ils étaient parés des sacrements du mariage. Le totémisme sacrificiel et le fétichisme rajoutés, permettent, en outre, de s'affranchir des aspects réellement éthique dés lors que l'on se prosterne aux yeux de tous devant les droits de l'homme comme devant la loi monothéique.

L'homme a créé le dieu unique à son image, comme devant légitimer son action dans la société paysanne qui s'étendait et se surpeuplait, de générations en générations.
Il s'est doté d'une loi, qu'il a divinisé, afin que superstitions, fétichisme, totémisme et craintes opèrent à ancrer le respect de cette loi. Mais cette loi ne servait que ceux qui en tiraient avantage dans cet expansionnisme paysan et marchand. Patriarcale, contrôlant la sexualité de la femme (et donc de l'homme) pour contrôler la filiation des générations et la transmission des héritages matériels, jamais cette loi n'empêcha les mariages humiliants quasi pédophiles. Elle criminalisa les pratiques sexuelles hors mariage, en mettant au même niveau les pratiques libres et choisies à partenaires consentants et les pratiques de domination non consenties comme le viol qu'il soit issu de la force brutale ou du harcèlement pervers. Incapable donc de poser la limite claire entre ce qui est admissible ou non. Une limite suffisamment floue pour que toute domination puisse s'y engouffrer à son avantage et de façon perverse. Ni le christianisme, ni l'Islam ne changèrent fondamentalement ces données de base, ils se reposèrent sur ce socle volontairement ambigu. Un socle repris historiquement, sous d'autres formes par les juridictions laïcisées.

Langage...

Accompagnant l'expansion paysanne de l'humanité, la névrotisation collective, le tissus de mots, le parler et l'écrire, façonnèrent l'espace et le temps humain sous différents modes selon les latitudes et les histoires. Pris dans ce tissus de mots incarnés, l'humain s'est coupé sensoriellement de la nature et de ses signes et signifiants infra-verbaux, et ainsi n'investir que nombre de cultures de lui même. Car le verbe, l'écriture et leurs névroses collectives, ont occulté la place de cette sensorialité, coupant complètement l'être humain de la nature en lui permettant trop souvent de la saccager, de la mépriser, et de l'utiliser à son seul profit, d'autant plus que le "Dieu unique" le légitimait dans cette tendance. Rares étaient ceux et celles qui tentaient de comprendre et d'aimer la nature, en dehors du profit, au delà de la crainte, pour le seul plaisir de la science curieuse ou de la poésie contemplative.
Tant que les langues se développèrent sur la base de la capacité humaine au langage, elles évoluèrent vivaces et diversifiées. Le tissus de mots parlés, échangés et écrits, offrait de nombreuses brèches et représentations symboliques permettant de maintenir les contacts avec la nature comme dans les chants et les poésies. Mais la langue actuelle qui tend à s'imposer est celle qui prétend modifier notre liberté de penser. Une langue réductrice, technocratique, faite de mots nouveaux, ne laissant pas de place à la nuance, mais au seul choix proposé et donc imposé. Cette "novlangue", quel qu'en soient ses racines historiques multiples, est à comprendre comme une forme de communication à sens unique, fastidieuse dans ses définitions connues des seuls initiés dominants, mais qui barre de nombreux signifiants de l'existant et donc annihile de nombreux possibles libres. Une langue obscure et réductrice au service de la domination, source en elle même de sélection, devant être incorporée par les humains pour leur soumission et leur intégration à une communauté aliénée dont les liens sociaux transversaux ne sont plus moteurs de l'histoire.
C'est la langue du pouvoir, qui non seulement coupe (définitivement ?) l'humain de la nature, invalide ses liens sociaux latéraux, et l'appauvrit en le laissant narcissiquement nu et seul face au supra pouvoir.

Un des enjeu à venir, à commencer par le "futur antérieur", plus réel qu'un "présent" qui n'est pas, est et sera de décrypter, de désigner et de détourner, les mots et signifiants de cette "novlangue".

Aujourd'hui aux USA, la langue de la domination fait bon ménage avec la justification du religieux monothéique, pour légitimer toujours plus de saccage des ressources et de l'espace naturel. Saccage légitimé par certains christianismes complètement affranchis des tabous sur la cupidité et sur la nature: croître et multiplier, encore et toujours plus !...
L'être humain à ainsi le droit divin de se répandre sans limites sur la terre, car il accomplit ainsi le dessein de Dieu, et que, quelqu'en soient les conséquences Dieu sera là pour arranger les choses au bon moment. Il faut y croire et espérer ! Telle est la direction très inquiétante que des millions d'humains, aveuglés par la croyance, ont choisi sans limites.

Et pour en revenir, à la conquête incessante de l'espace naturel, le mouvement démographique lancé il y a bien longtemps, en s'amplifiant encore et toujours, ne semble poser de problèmes à personne quant à l'avenir. Je disais plus haut qu'une stabilisation de cette démographie s'imposait, mais que cette idée heurtait le plus souvent l'humanisme laïc d'un côté et l'idéologie religieuse de l'autre. Je pense avoir montré à quel point ces deux points de vue sur l'humanité n'étaient pas si antagonistes que cela, mais consubstantiels. J'ai remis en question la loi monothéique et les droits, officiels, de l'homme. Ce que craignent les humanistes laïcs, lorsqu'on parle de stabilisation, voire de réduction démographique, c'est le massacre, l'extermination de masse, la guerre. C'est pourtant ce qui risque d'arriver si rien ne se passe en conscience, en faveur d'une stabilisation entretenue dans la paix. Sur le fond il faut stabiliser, mais bien sur attention à la forme, cela ne peut s'appuyer ni sur la contrainte physique, ni sur la paupérisation, ni sur le massacre de masse. Quoiqu'un certain équilibre entre incitations et contraintes (allocations limitées ?) financières soient à envisager, à côté de l'aide et de l'information.
Tant qu'une grande partie de l'humanité ne devra sa survie, en tant que sécurité sociale, qu'à sa capacité à faire des enfants, il y aura accroissement démographique.
L'accès à la procréation consciente entre l'homme et la femme passe est étroitement lié à l'abolition de la paupérisation.

Refondations...

Attention, je n'ai pas dit qu'il fallait abolir l'humanisme en soit, et abolir toute loi. j'ai cherché à rendre visible le fait qu'il faut refonder l'humanisme en reconnaissant le lien de l'humain, dans le temps et dans l'espace, avec la nature. Il faut refonder l'humanisme en reconnaissant la complexité intrinsèque de l'humain et en sachant reconnaître ce qu'il y a d'humain lorsqu'il commet le pire même s'il faut combattre cette tendance. C'est bien pour cela que la loi est nécessaire, mais une loi refondée, réécrite, sachant se positionner comme un interdit de la domination de l'humain sur l'humain et de l'humain sur la nature. Une Loi sachant trouver sa légitimité dans le sens du désir et dans le désir du sens: la quête merveilleuse d'une élévation qui ne se fait pas au dépend des autres.
Ces refondations constituent l'un de ces chantier fondamentaux et nécessaire qu'il va faut désormais mettre en mouvement. C'est ce qui a manqué aux tentatives révolutionnaires de changement de l'existence, au cours des deux derniers siècles, une élaboration incomplète et viciée de l'humanisme, une négligence absolue quant à la question de la loi abandonnée aux seuls partisans de la domination et enfin une réduction des référents historiques opérationnels aux seuls deux derniers siècles. Et l'on peut rajouter une certaine vison misérabiliste complètement contre-productive. Le "mal" étant pourtant en marche depuis bien plus longtemps que les deux derniers siècles. Refonder la loi sur une éthique de l'humain tenant compte sa nature complexe des ses spécificités comme de ses en-commun avec l'animal, pour reconstituer et ainsi instituer ce qui rend possible une civilisation digne de ce nom et de son potentiel structurel, c'est à dire permettant de fait l'épanouissement libre de chaque existence.

Réanimer le désir du changement...

Mais comment réanimer le désir du merveilleux, du changement, et de la sortie de catastrophe ?
Nous en revenons au début de ce texte, l'hiver, la nuit la plus longue, l'attente de jours meilleurs. D'une certaine façon, nous sommes actuellement plongée dans une sorte de glaciation sociale, politique, économique, démographique. Nous somme confrontés à la crainte, à l'incertitude, pour nous et nos enfants. Nous sentons, de nos sens aliénés et impuissants arriver l'état de catastrophe. Nous cherchons et sommes en quête des moindres signes valorisant la continuité et la résistance de ce qui vit et existe.
Quelles histoires, quelles articulations, quels mouvements, seront opérationnels au coeur de cette catastrophe pour en modifier radicalement le cours, générant alors un phénomène d'eucatastrophe et donc un nouveau départ ?

Dans les pays riches, l'hiver social et politique est mis aussi en avant par la domination et a souvent "bon dos". C'est aussi le moment, provoqué ou utilisé, permettant aux puissances économiques de relancer prochainement une consommation de masse, éco-citoyenne et responsable, à crédits recapitalisés et renouvelés, éco-citoyenne. Le moment aussi d'éloigner (remettre "à leur place") ces capitalismes émergents venus du tiers monde qui inquiètent tant les anciens empires. Mais cela ne peut aller que dans le sens de la catastrophe qui vient. Cela n'est validé que par cette "novlangue" de la domination (qu'elle soit de racines anglo-saxonnes, allemandes, françaises, italiennes ou espagnoles...).

Le sens des mythes...

Nous pouvons trouver du sens dans les anciens mythes. Ils mettent le héros face à l'impérieuse nécessité d'accomplir une oeuvre titanesque, justement destinée à la sortie d'une situation des plus désespérée. Le héros mythique est existant, même s'il n'est pas vivant. D'abord parce que le mythe s'enracine dans des événements oubliés et très anciens mais qui évoquent des exploits qui ont un temps donné changé la vie d'une façon mémorable et transmise. Il en est ainsi des mythologies, des contes même "faériques" et bien sur des légendes. Bien souvent la recherche historique ne retrouve que peu de chose en rapport avec ce qui s'est vraiment produit. Nous pouvons, cependant, évoquer l'existence de ces héros mythiques, car les humains, de génération en génération, leur ont donné une existence. Ils font partie d'une culture vivante et riche aux maintes illustrations et interprétations. Ces héros ne sont pourtant plus vivants, s'ils le furent un jour. Ils n'étaient que des êtres humains, peut être pleins de "défauts" mais qui accomplirent ce que l'on nomme un exploit décisif. Le héros mythique a incarné, comme s'il s'agissait d'un cahier des charges, un certain nombres de valeurs jugées difficiles d'accès mais admirées du plus grand nombre et propre à ce qu'en rapporte la légende. Et c'est cela qui est existant, à la fois si proche à atteindre et si inaccessible. Cet ensemble de valeurs et d'actes identifiés symboliquement, n'attendent ensuite pour les faire vivre que l'inconnu qui les incarnera à nouveau et redonnera au héros mythique une nouvelle existence vivante.
Ainsi, Le roi Arthur, Merlin, voire même le père Noël, sont dans ce cas. Puisque nous sommes au retour des jours plus longs, après le solstice d'hiver, le "Père Noël" dont les racines sont bien plus anciennes et profondes que sa représentation américaine lui servant à tort d'origine, n'existe pas en tant que personne unique et vivante, mais en tant qu'ensemble de valeurs incluant une grande générosité, une redistribution de l'abondance et des choses heureuses, dans une temporalité symbolique signifiant quelque chose dans la vie des humains. Dés qu'une personne, au delà du simple déguisement, se comporte comme le père Noël, en incarnant ses valeurs, il le deviens, son existence est vivante, la personnalité profonde du héros anonyme étant alors au second plan. Le père Noël existe, à travers diverses personnes elles-même existantes, mais n'est que rarement incarné et vivant. L'existence de la personne anonyme, donne corps à celle du héros mythique en incorporant les valeurs du second.
Le roi Arthur, plus politique, est plus difficile à incarner car il s'agit pour lui de générer un formidable changement sur le long terme. Arthur qui est peut-être plus un titre qu'un nom. Arthur comme "Artz", l'ours de Bretagne, désigne historiquement un chef de guerre, vainqueur celte de "Badon Hill", au sixième siècle, qui permis d'établir une paix éphémère pendant quelques décennies après avoir repoussé les saxons. Ce règne dit d'abondance partagée et de paix, inspira pendant des siècles et encore aujourd'hui nombre de littérateurs qui le parèrent des valeurs et des attributs de leur époque, pour en relater la décadence. Cinq siècles plus tard, en pleine chrétienté, la dynastie normande régnant sur l'Angleterre, voulu montrer aux bretons, avec l'aide desquels ils avaient vaincu les saxons, qu'ils avaient découvert le tombeau d'Arthur, afin d'annihiler l'espoir Breton, qui reposait sur le retour du roi Arthur, seulement endormi, et qui rendrait un jour possible l'indépendance celte dans la paix et la prospérité. Ils craignaient, en fait qu'un homme, un jour, paré de la force et des qualités nécessaires ne soit un jour reconnu dans son titre d'Arthur, roi des bretons, et rentre en conflit avec la dynastie Normande des descendants de Guillaume régnants désormais sur la grande Bretagne. Cette dynastie favorisa par ailleurs les commandes de littératures devant traiter de cette histoire et de la matière de Bretagne, de manière christianisée. Ce qui au fond leur permettait aussi de se réapproprier la légitimité de s'identifier comme héritiers spirituels d'Arthur. Le Roman Arthurien était né, la dynastie Normande scellait son pouvoir. Mais ceci est une autre histoire....

Ainsi, "l'espoir Breton" en le retour du "royaume de Camelot" peut-il renaître, puisqu'il ne s'agit pas d'une personne, mais d'un titre dont il faut être digne. Espoir qui dépasse la seule cause des celtes car en invoquant la paix partagée, cet espoir concerne toute l'humanité. C'est sans doute cela qui explique le succès quasi universel d'Arthur avec quelque chose qui n'a pu être épuré, quelqu'en soient les interprétations littéraires: un invariant subtil, oblique et inconscient qui reste actif...

Le roi Arthur même récupéré, est un titre, un cahier des charges, une profession. Qui en sera digne ? Ceux et celles qui ouvriront, sans dominer, sans abuser de ce pouvoir, les portes terrestres du "royaume" de paix, d'abondance partagée, et d'équilibre avec la nature, existeront comme nouvelles incarnations d'Arthur.

Héroïne et trinité...

Est-ce à la portée de tous et de toutes ? Tout le monde peut s'en rapprocher, du moins est-ce une question de désir.. Une femme peut en être, car si je n'ai pas évoqué l'héroïne mythique, elle furent nombreuses à accomplir de mémorables exploits au service de leurs collectivité. C'était dans un temps où la femme n'avaient pas été reléguée au statut inférieur que lui a réservé le monothéisme. La femme libre, qui parle, qui aime, qui donne son point de vue, qui combat, qui peut être une héroïne, qui aime et désire, qui montre son corps, mais se défend contre le viol, qui enfante aussi. C'est cette femme qui a été reléguée à la marge de l'homme patriarcal.
Ne devenant "saine" (et sainte ?) que lorsqu'elle est discrète, effacée, souffrante, mère certes, mais vierge... Tel est le destin imposé à Marie fille d'Anne c'est à dire de Dana, la déesse des temps anciens..
Dans le christianisme, il n'y a pas de femme dans la trinité: il n'y a que le père, le fils et le saint esprit. La femme joue un rôle second, elle est vierge et mère. Elle produit l'incarnation, mais d'esprit saint, point. Nous sommes loin de la complémentarité de l'homme et de la femme.
La trinité est pourtant une thématique très ancienne. On en retrouve une trace, dans l'Irlande, terre d'un catholicisme pas très romain, avec le trèfle à rois feuille comme emblème. Celui-ci renvoie au triskel bien connu des Bretons continentaux.
Il ne s'agit pas d'une trinité patriarcale, mais élémentaire, voire tellurique. Il y a de nombreuses interprétations à cette trinité élémentaire qu'évoque le triskel. Trois éléments, l'air, l'eau et la terre. Mais ce sont aussi, les trois états de la matière: gazeux, liquide et solide. Le feu n'est pas retenu à cette époque comme un élément à part entière, mais on le retrouve dans le mouvement circulaire des trois éléments, comme entrant en jeu à chaque passage d'un état de la matière à un autre. Les druides, "forts connaissants" dans une société paysanne étendue à l'Europe, (où les guerriers paysans étaient au premier plan, bien après le règne des princes), avaient intégré le savoir chamanique, notamment "Finno-Ougrien", lors de leur extension historique la plus connue, le long du fleuve qui prit le nom de la déesse Dana, le Danube. Et, ils savaient, déjà, que l'énergie et la matière étaient deux formes différentes de la même chose. Ce qui fut redécouvert en physique en chimie moderne presque deux millénaires après. Ainsi parallèlement au feu, ce que l'on retrouve au sein de l'éclair orageux ou au coeur des aurores boréales, c'est cette énergie dite plasmatique.
Ce plasma existe dans l'univers et il est une des formes de la matière: 90% de la matière dans l'univers, l'est sous forme plasmatique. Ce plasma n'a jamais pu être étudié directement dans l'espace, et ses formes terrestres sont trop influencées par la gravité pour en observer les mouvements internes. Récemment des équipes de chercheurs ont tenter de donner à ces plasmas une traduction virtuelle, en intégrant les données qui les constituent et éliminer l'obstacle de la force de gravité. Ils ont constaté une tendance qu'avaient les microparticules constituant ce plasma à s'organiser en double hélice reproductible! Bien plus proche du vivant, et son l'ADN, que les organisations cristallines de la matière connue jusqu'alors. Si ces travaux devaient s'avérer valides de nouveaux champs s'ouvriraient vers des connaissances aujourd'hui insoupçonnées.
Le poète se met à rêver: Et si cette capacité d'organisation en double hélice reproductible au coeur de cette énergie/matière plasmatique avait servi de "matrice" énergétique précipitant l'organisation moléculaire de la vie, via ADN, sur terre, dans l'environnement des immenses chaudrons volcaniques ? Au scientifique de continuer à chercher.

Revenons alors à la trinité élémentaire. On peut la retrouver aussi, prétendument exclusivement indo-européenne, dans la trifonctionnalité structurant les sociétés sédentarisées. La fonction productive, la fonction de défense, la fonction spirituelle.
La séparation de ces fonctions en castes, et la hiérarchisation de ces fonctions les unes sur les autres selon le rapport de force et les circonstances, comme à l'intérieur de chacune de ces fonctions, générant les classes, avec alliances structurelles à la tête représente une évolution historique incontournable, mais aussi une certaine dégénérescence, sinon perversion, de ces fonctions élémentaires de la matière sociale incarnée dans l'humanité. Je perçois une correspondance symbolique possible entre ces trois fonctions et les trois états de la matière. La fonction spirituelle, celle du désir, de la pensée, de l'harmonisation du corps, de sa pensée, de son désir est celle de l'air. La fonction guerrière, est celle de l'eau, la fonction productrice est liée à la terre, à la pierre. L'être humain complet intégrant un savoir potentielle dans chacune de ces trois fonctions, une société où ces fonctions seraient partagées et contrôlée par tout un chacun serait une société vraiment démocratique. Selon des degrés différents, car tout dépendrait alors de l'ouverture, du cloisonnement et de la fluidité de ces fonctionnalités.
Dans la société paysanne, elles se sont constituées petit à petit ,au grès des nécessités liées au travail, à la propriété et à la guerre concurrentielle.. Le savoir et le sens spirituel (à ne pas confondre avec le mysticisme) accompagnant le développement des sociétés...

Aujourd'hui, la question du contrôle populaire des trois fonction se pose, dans la mesure ou chacune de ces fonctions est inhérente à tout être humain... De ce fait la trifonctionalité peut être pervertie, si elle transgresse la loi structurante et symbolique, même et surtout au nom d'une légalité maintenue par la force ou la ruse. Cette force devient alors une contrainte arbitraire et ne fait plus autorité. La défense, peut se transformer en attaque, la spiritualité en manipulation fétichiste, totémique et mystique, l'ouvrage productif en appropriation pour les uns et en esclavage pour les autres. Il en sera ainsi, des siècles plus tard du "sabre, du goupillon et du coffre fort". Comme il en aura été de l'auctoritas et de la potestas, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, alliés aux sommets de la hiérarchie de l'oeuvre.

On peut s'amuser, à tenter de faire correspondre chacun des éléments avec chacune des fonctions, sans perdre de vue qu'il peut aussi s'agir des trois états d'une seule matière. On peut aussi pousser la tentative de correspondance des éléments et fonctions avec chacun des objets fondamentaux retrouvés dans la mythologie celtique ancienne ainsi que sous leur forme récupérée dans l'ère Chrétienne.

J'ai choisi ces correspondances, il ne s'agit que d'une pure spéculation ludique. Chacun pourra chercher à créer d'autres combinaisons en tentant de réfléchir à ce que cela peut signifier:

1 - L'élément gazeux, l'Air, le vent qui balaie tout, la fonction de défense guerrière, l'épée qui fend l'air, transformée en croix par la chrétienté. Le symbole de la croix est cependant très ancien, pré-historique et retrouvé sur de nombreux sites. Les populations d'Europe qu'elles soient de culture linguistique celtiques ou germaniques/nordiques avaient adopté le symbole de la croix bien avant leur christianisation. La croix celtique (en +)(récupérée de façon perverse, plus de deux mille ans après, par l'extrême droite française) mais symbolise sur sa verticalité l'axe spirituel, cosmique et sur son horizontalité l'axe matériel. Jack Kerouac, écrivain de la beat génération, américain d'origine armoricain, écrira des siècles plus tard, "les pieds sur terre, la tête dans les étoiles". La croix germanique, paysanne et Odinique, (en X), signifie la séparation des quatre saisons, voire la séparation de quatre éléments.
Saxon aurait-il un rapport avec saison ? On notera à ce propos que les celtes ne reconnaissaient que deux saisons essentielles de six mois avec des variantes. L'hiver qui commençait le premier Novembre (Samain) (entre équinoxe d'Automne et solstice d'hiver) et l'été qui commençait, 6 mois plus tard, le premier Mai (Beltaine)(entre équinoxe de printemps et solstice d'été), conformément au basculement terrestre actuellement connu. Le point culminant de l'hiver étant le premier Février (Imbolc - Ste Brigit - Fiesta Candelarum - Chandeleur) et le point culminant de l'été étant le premier Août (Lug ). Quant aux éléments, nous avons vu que les celtes n'en considéraient que trois, le feu étant considéré comme une énergie de passage d'un état à l'autre. Est-ce à dire que le savoir Celtique était plus profond et subtil que leurs futurs vainqueurs germaniques ? Ce qui expliquerait une permanence culturelle toujours vivace, car restant pertinente dans la monde actuel. Ainsi qu'une certaine régression vers une obscurité moyenâgeuse de l'Europe sous domination germanique christianisée comme la quasi disparition de la culture saxonne première. De même, la forêt n'a pas la même signification dans les contes lorsqu'ils sont d'origine germanique ou celtique. Protectrice, bénéfique, sacrée, enchantée chez les celtes, la forêt peut-être source de terreur dans la culture germanique. Cela tient, probablement, à l'histoire. En effet, la forêt, déjà sacrée dans leur culture fut souvent le dernier refuge pour des celtes vaincus et pourchassés par les vainqueurs germaniques. Lorsque ces derniers pénétraient dans les forêts ils y étaient tués par la résistance. On a aussi retrouvé ce phénomène avec les Bagaudes, en pleine Gaule Romaine. Pour en revenir aux deux croix, on retrouve sur le drapeau Britannique actuel les deux croix superposées (+ et X) symbolisant la confrontation historique de ces deux cultures paysannes (païennes), à la fois si proches et si éloignées...

Poursuivons le "musement" sur les correspondances:

2 - L'élément liquide, l'eau, le spirituel (sens du désir et désir du sens), c'est la recette de la soupe vivante s'autoreproduisant, ce breuvage qui mijote au sein du chaudron d'abondance et de fécondité, qui nourrit et soigne, le tout transformé en saint Graal par la littérature romanesque sous l'ère Chrétienne, comme coupe contenant le sang du christ aux vertus nourricières et salutaires. C'est l'eau aussi retrouvée dans le baptême Chrétien ou dans la bénédiction.

3 - L'élément solide, la terre, la pierre et le métal, Il concerne l'oeuvre, l'ouvrage ouvrier, forgeron et paysan avec l'agriculture, C'est aussi la pierre de souveraineté devenue peut-être dans la symbolique chrétienne le très Romain "Pierre tu es pierre, je bâtirais ton église"... C'est aussi la pierre contre la pierre qui génère le feu et façonne le monde.

4 - Enfin, le feu qui n'est pas un élément, mais qui est en jeu, comme énergie nécessaire ou produite lors du passage d'un élément à l'autre. Il évoque la lance de Lug, dont la pointe ressemble à une flamme, foudre estivale, entre Beltaine et Samain. Avec la lance, en feu, on peut graver l'écriture de la Loi dans la pierre de souveraineté. La flamme qui chauffe la "soupe" contenue dans le chaudron et catalyse la vie pour devenir ce breuvage nourricier universel, abondant et débordant de vie. En cela, le feu, et avant lui, l'étincelle plasmatique est la condition de la formation de la matière vivante. La chrétienté donnera dans sa symbolique trinité l'apparence du feu à "l'esprit saint" et l'on retrouvera la lance perçant le flanc du fils incarné de Dieu, ouvrant une plaie d'où s'écoule le sang recueilli dans le Graal chaudronique.

L'eau et et le feu opposés, devenus le sang et la lance, s'articulant dans le creuset terrestre pour qu'émerge et se répande le vivant et son évolution, le vivant et son renouveau... Ainsi, dans la symbolique chrétienne, les temps anciens sont récupérés: la lance qui répand le sang du christ sur le monde, via la graal d'abondance, et qui de ce fait écrit la loi renouvelée sur la pierre où s'est bâti l'église de Rome. L'épée en croix plantée dans son socle de pierre. La lance, encore, qui insuffle la flamme de l'esprit... Tout est là, et c'est essentiellement pour cela s'est répandu de façon durable..

Il faut ici évoquer, les travaux scientifiques actuels sur l'émergence de la vie, qui proposent une émergence du vivant au coeur de forces élémentaires gigantesque. L'explosion volcanique ayant permit à la terre de "cracher" sa vapeur d'eau et ses gaz, à rendre possible ici et là au sein de l'eau précipitée, avec le gaz carbonique, l'étincelle et le feu, de voir s'organiser à partir de quatre atomes (oxygène, carbone, hydrogène et azote) les premières molécules auto-reproductibles, adaptatives et évolutives, les premières molécules vivantes, elle même influant la composition du milieu qui rendrait un jour possible l'existant.

Tout cela, c'est du symbolique, cela a à voir avec le langage. Cela permet de comprendre ce qui est essentiel et donc incontournable, si l'on veut réfléchir sur quelque chose en rapport avec les changement politiques fondamentaux à un moment périlleux pour l'humanité. Comprendre comment cela s'articule, et comment s'en distancier pour développer des outils-concepts transmissibles et opérationnels des changements nécessaires à la hauteur des enjeux de notre époque..

L'histoire et sa limite.....

L'Histoire est fondamentale, recherche permanente, elle nous permet de comprendre ce que nous sommes, d'où nous venons, nous donne les éléments pour comprendre ce qui se passe dans notre actualité. Qu'elle soit l'histoire individuelle, ou collective avec l'histoire des contextes sociaux, économiques, sociologiques et politique. C'est cependant insuffisant et incomplet. D'une part parce que l'histoire commence avec l'écrit et que l'on ne peut se limiter à la seule histoire rapportée par l'écriture pour comprendre l'influence réelle de ce qui nous a précédé, d'autre part parce que l'écriture introduit le point de vue partiel, voire le mensonge délibéré ou la révision idéologique. L'histoire est souvent écrite par le vainqueur, ce qui ne signifie pas qu'elle soit fausse et que son combat n'aurait pas été le notre, mais ce n'est qu'un point de vue et il faut l'assemblage de plusieurs points de vue pour se rapprocher d'une forme que l'on peut observer. Ce qui amène l'historien à travailler sur l'histoire de l'histoire et donc a s'intéresser à d'autres domaines que ceux de la lecture et de sa traduction.

La symbolique des mythes, nous renvoie non pas à la réalité, mais au réel et à l'articulation entre le réel, l'imaginaire et le symbolique, lesquels ne doivent jamais fusionner (sinon c'est la folie), s'articulent cependant.
Et c'est à cela que sont confronté ceux qui étudient les peuples qui n'ont pas laissé d'écrits, que ce soit par ignorance ou par choix. D'une certaine façon c'est l'étude de signes, qu'il faut d'ailleurs chercher, et qui, au niveau infraverbal permet de proposer des hypothèses de modes de vie et plus encore, d'événements qui se sont probablement passé. Entre autres recherches, il faut s'interroger sur cette matière populaire transmise oralement rapportant contes et mythes anciens. Elle reste symboliquement active et agissante, au niveau inconscient et nous permet par l'analyse distanciée de penser le sens.

Comme pour le héros, et l'héroïne, mythique, où même ses dérisions modernes qui participent de sa permanence, dés lors que les valeurs portées par le mythe restent d'actualité car elles sont attendues pour qu'un changement favorable s'opère.

L'épopée de la Loi...

Revenons donc à l'épopée, réécrivons "ce qui doit être lu", c'est à dire la légende. S'il faut réécrire la loi, afin que s'accomplisse une civilisation culturelle existante humaine en équilibre avec le reste de la nature vivante et minérale, il faut repositionner cela à partir des symboliques anciennes pour lui redonner une actualité existante et incarnée. Il n'y a pas de raisons objectives d'en avoir peur et de laisser ces domaines néanmoins actifs à ceux qui en ont comprit l'usage dans une oeuvre de perversion et d'asservissement. Telle est la condition d'une réussite subversive face à la perversion.

Nous devrions nous situer, non pas dans un présent figé, qui n'est qu'une fiction, mais dans ce futur antérieur, en mouvement, de ce qui advient, de ce qui va advenir (avenir) en nous appuyant sur l'histoire, la symbolique des mythes et l'anticipation et y penser la continuité évolutive, faite parfois de révolutions.

De nombreux chantiers nécessaires sont ouverts, dans ce texte, pour l'année qui vient, d'autres, moins évoqués ici, vont s'avérer nécessaires pour ouvrir un nouveau paradigme rendant du sens aux multiples tentatives de changements en mouvements, mais qui se heurtent pourtant à un vécu d'impuissance.

Il ne s'agit plus, de construire une "énième" idéologie de libération que nous chercherions à "implanter dans la tête des gens", voire même une libération qui se verrait emprisonnée comme totem fétichisé, permettant alors de s'y prosterner pour mieux en détourner le sens. Il y a nécessité d'une incarnation de l'émancipation et de la libération et donc de développer les outils-concepts, à l'usage du tout un chacun, qui rendent possible cette incarnation.

Indispensable est la réflexion sur l'articulation possible et équilibrée entre l'individuel et le collectif, entre l'homme et la femme, entre l'humain et la nature, et donc sur la loi symbolique et structurante qu'il faudra formuler et écrire comme fondement constituant de l'institution du changement de cap. Cette question est à la hauteur de l'enjeu: universelle et planétaire.
De nombreuses aspirations et actions sont légitimes, et proches de cette loi éthique, symbolique et structurante, sans parvenir pour autant à s'incarner dans une légalité active qui reste façonné dans ses structures par l'ancienne loi source de perversion, contrôlée par le Surmoi archaïque. Elles se positionnent comme désobéissance à la légalité, mais par obéissance à cette Loi éthique à formuler puis à "graver dans une "pierre de souveraineté". Les forces qui répriment - au nom de la légalité - ces désobéissances, le font en transgression complète de la loi éthique. Elles désobéissent à cette loi éthique par leur allégeance à la légalité perverse. La domination hiérarchique, pratique l'abus de pouvoir, et capitalise la légalité, au nom de la loi, ici, la loi ancienne perverse, mais aussi parfois la Loi éthique lorsqu'elle elle est totémisée et fétichisée (et donc neutralisée dans son actif). Ainsi la légalité se développe le plus souvent au bénéfice de la domination et fait passer le respect de la hiérarchie comme application du respect de la loi, alors qu'elle n'en est qu'un détournement nourrissant cette même hiérarchie. Ce subterfuge fonctionne parfaitement. Démonter ce mécanisme est l'un des enjeu majeur du XXIème siècle, si l'on veut écrire la Loi constituante et instituante de changements véritables.

Mettre en lumière cette perversion intrinsèque de la loi ancienne, comme fondatrice d'une légalité au service d'une hiérarchie dominante, ne suffit cependant pas. Il faut en effet réécrire la loi humaine en prenant soin de ne pas y reproduire le potentiel pervers qui s'y trouvait protégé par la crainte du dieu unique, de la force répressive et par l'idéologie dominante transmise aux jeunes générations.

C'est une question sur la valorisation. Mettre de la valeur là où il n'y en avait pas et dévaluer ce qui a été en cause dans la montée de la catastrophe. Dévaluer, mais ne pas sous-estimer dans le rapport de force.
Réécrire la loi, voire l'écrire pour de bon, pour notre monde moderne c'est inscrire d'une façon explicite l'interdit structurant de l'asservissement de l'humain sur l'humain, de l'homme sur la femme, de l'humain sur la nature, d'un peuple sur un autre.... C'est l'interdit du viol et de l'inceste pédophile et donc l'interdit de l'exploitation de l'humain par l'humain.
C'est valoriser dans la sexualité ce qui est de l'ordre du libre consentement, quelqu'en soit la durée, les sexes en jeux, l'intention de plaisir ou de reproduction.
C'est travailler autour de la question de l'articulation entre l'individuel et le collectif. C'est construire une hétéronomie, comme loi collective minimale et nécessaire, rendant possible l'autonomie des subjectivités existantes et donc leurs épanouissements. Comment articuler l'hétéronomie et l'autonomie ? Quelle hétéronomie rend possible le développement d'une autonomie épanouie et émancipée ? Comment poser, comme dépassement de la régression narcissique nue, isolée et atomisée, une subjectivité qui se conjugue à tous les modes: je, tu, il, elle, nous, vous, ils, elles (sans oublier le on) ?
Réécrire la loi, c'est clarifier les différences profondes entre ce qui relève de l'autorité de compétences et ce qui relève du pouvoir dans son abus, plus encore que de donner un modèle de liberté. La liberté ne peut se laisser enfermer dans une définition ou une modalité idéologique et obligatoire, elle est à la fois gardienne de la loi, et rendue possible par cette loi, mais prend des chemins multiples à l'exception de la transgression des interdits d'asservissement. L'interdit, doit être nommé explicitement comme fondement structurant rendant possible l'épanouissement et ne plus rester dans l'implicite. La notion comme le fond d'un interdit fondamental doit, pour réellement s'incarner, sortir de l'inter-dit, c'est à dire de ce qui est "dit entre", entre les mots, entre les lignes, comme béance ouverte aux interprétations et manipulations au profit de l'asservissement du sujet.

La monnaie...

Je voudrais évoquer maintenant les questions posées par l'argent et la monnaie, dans leurs modalités actuelles, et selon leurs critères d'évaluations et de valorisations. C'est néanmoins un des chantier, à mettre en perpective dans la réécriture de la Loi.
Il s'agit en effet de comprendre la nécessité de dépasser la survalorisation historique de la monnaie, en tant qu'accumulation et spéculation possible sur elle même, et en tant que mesure de toute chose et valeur. Nombre de valeurs authentiques ne valent rien sur l'autel de la monnaie actuelle, avec les conséquences catastrophiques que l'on connaît.

Là encore, ce sont des humains qui ont créé et développé la monnaie à leur image.
Un parallèle est mettre en perpective entre la création du Dieu unique et celle de la monnaie. De nombreux conflits sanglants et violents, de religions, sont de cette nature dans l'histoire, au delà de l'habillage théologique. Il en est ainsi du protestantisme, prétendant libérer les chrétiens du joug catholique qui interdisait certaines spéculations tout en favorisant la pauvreté du plus grand nombre... pour la richesse implicite d'un petit nombre. Pour les protestants, il y avait recherche d'une légitimité reconnue par le dieu unique, légitimité à spéculer, à s'enrichir, à profiter sans freins des ressources naturelles.
On retrouve cette légitimation de l'enrichissement - monétaire - personnel et sans freins, couverte par le dieu unique lui-même dans la devise des états-unis d'Amérique. Ceci explique cela !
Mais aucun monothéisme, n'apporte de clarté à cette question et n'a jamais pu la régler.

Actuellement et d'une certaine façon, "Dieu est mort" et il ne reste désormais que l'argent, dans sa fonction d'accumulation, de spéculation et de mesure exclusive de la valeur de toute chose, pour dominer les humains. Les icônes financière que sont les monnaies valant bons points et images pieuses d'une humanité non encore affranchie de ce joug. Rares sont celles et ceux qui osent remettre en question la valeur en tant que tel de la monnaie. Nombreux sont, parmi ceux qui se proposent, sincèrement ou non, de changer le monde à ne pas trouver pensable de remettre en question la monnaie dans ses attributs actuels. La monnaie a une histoire, certes, mais c'est bien une création humaine, dont on accepte les conventions et les attributs sans rechigner. Nombreux sont ceux qui pensent utiliser diverses taxation sur la spéculation afin de financer des programmes contre la misère, mais cela pose les questions de modalités de récolte, de gestion et de répartition et de contrôle.
Un embryon d'Etat mondialisé pourrait avoir cette fonction, les prétendants à la gestion de cette tâche pouvant être "démocratiquement" élus, engendrant dérives, détournements, idéologiques et politiciens quant aux priorités. Le désavantage d'un tel système restant une valorisation de la spéculation puisque tout pourcentage prélevé ne dépendrait que de la bonne marche de cette spéculation pourtant constitutive de la misère... Les robinets monétaires sont toujours attractifs pour les appétits "bien intentionnés" !

Aujourd'hui la crise financière "à bon dos", elle permet plutôt de légitimer différentes opérations de restructurations, de plans massifs de licenciements, de faire passer un nouveau marché écologique (qui relancera comme par miracle un nouveau crédit à la consommation) et d'assécher l'émergence de nouveaux capitalismes du tiers monde. Comme le disait Christine Lagarde, l'argent n'a - effectivement - pas disparu de la surface de la terre !

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'argent n'est donc qu'une croyance, une convention acceptée de tous et subit par tous, dotée de ses attributs, ses règles, ses liturgies, ses temples et ses grands prêtres.
A ce titre, l'édifice peut être déconstruit et repositionné dans sa valeur d'usage et de mesure comme outil, avec de nouveaux attributs et conventionnements.
C'est l'affaire de loi éthique que de repositionner la monnaie comme une incarnation de cette loi afin de la conventionner sur d'autres bases. Il s'agit de disposer d'un véritable outil de mesure des échanges, de ce qui est produit (biens, services, consommation alimentaire) sur la base d'une satisfaction des besoins, en premier lieux fondamentaux. Tout en incluant les impératifs écosystémiques sur la durée.

L'urgence du monde...

L'urgence du monde est l'action incarnée, cohérente et intriquée à réaliser la stabilisation de la démographie, l'abolition de la misère matérielle des besoins humains fondamentaux, et la réalisation d'un rapport équilibré de humain et de son écosystème naturel. Trois conditions du redémarrage d'une civilisation d'existence et d'existants. Une nouvelle culture du rapport à la nature, s'inspirant de ce que les chasseurs cueilleurs nous ont transmis, et dépassant le clivage suicidaire entre nature et culture.
En détruisant les dernières sociétés de chasseurs cueilleurs, comme il est fait depuis des siècles, c'est l'apport de nos ancêtres que nous avons renié. Ceux qui restent, les survivants, ont beaucoup à apprendre au reste de l'humanité. L'humanité doit passer de l'agriculture intensive et "OGM-ifiée", pour nourrir une croissance démographique sans limites, à l'entretien d'un jardin planétaire passant aussi par la sauvegarde des espaces sauvages.

On ne peut rien fonder sur le misérabilisme et l'apologie de la pauvreté, qui fait toujours la richesse des uns et la misère des autres. Même s'il faut revoir la consommation. On ne peut rien fonder sur un humanisme coupé de l'humain réel qui affirme la suprématie de la culture sur la nature.
On ne peut rien fonder si l'on ne s'intéresse pas aux questions de la loi, du constituant et de l'instituant. On ne peut rien fonder si l'on fusionne ce qui est du domaine de l'aliénation individuelle et ce qui est celui de l'aliénation collective. On ne peut rien fonder si l'on ne cherche pas d'équilibre autour d'une articulation entre individuel et collectif. On ne peut rien fonder si l'on réduit l'épopée humaine à ce qui a été écrit, c'est à dire à l'histoire, en particulier si on la réduit aux deux derniers siècles.
Vous l'aurez compris, on peut donc chercher à remettre en cause l'exploitation et la servitude, à remettre en cause le capitalisme dans ses fondements, sans pour autant être ni "de gauche", ni "post soixante-huitard"...

Confronté à des perspectives sinistres en matière d'avenir, Les jeunesses du monde, d'Europe, semblent se réveiller, en révolte, en Bretagne, en Grèce, en ....

La route est encore longue et les chemins à défricher aussi nombreux que les individus,
Sauront-ils utiliser et développer les bons outils permettant d'arriver à temps, avant que le totalitarisme de la gestion du vivant ne soit lui-même submergé par la guerre de tous contre tous ?

Le "royaume de Camelot" est à construire, les ingrédients sont là: l'épée à prendre dans la pierre de souveraineté dans laquelle la loi aura été gravée, pour enfin cuisiner finement la soupe dans le chaudron d'abondance. Il ne s'agit, ici, nullement de restaurer monarchie et royauté et lorsque je parle de royaume c'est dans la symbolique originelle du cadre de vie.

Mais attention, la démographie étant ce qu'elle est, nous ne pouvons plus fonder le rapport de force sur le "jeu d'échec" et la stratégie militaire ou révolutionnaire classique, mais sur un jeu type "go", qui permet d'isoler l'adversaire en lui offrant une sortie honorable, sa défaite étant alors aussi sa victoire, une victoire collective.

Plus encore qu'une "psychothérapie institutionnelle" à grande échelle, c'est une révolution institutionnelle qu'il faut incarner et mettre en mouvement: réécrire la loi, constituer, instituer... Y revenir aussi.

Attendons donc, que ces portes ouvertes, ces défrichages débutants de chemins à tracer, permettent, cette année d'avancer vers une vie et surtout une existence meilleure.

Avant de la graver dans cette pierre de souveraineté aux sein de laquelle les épée attendent leurs "ours", il nous faut réécrire la Loi, celle qui redonnera à la "soupe" du chaudron son pouvoir d'abondance renouvelée et partagée.



Bonne année.

Le Cardinal, Alaska, 29 Décembre 2008.