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MINDIN: Procés pour dénonciation de maltraitance en institution

Dernière minute: l’EPMS renonce à son Appel.
Le jugement de Juin 2006 est donc confirmé.
La plainte contre Chantal et Philippe reste définitivement irrecevable. Le combat de Chantal continue.
La liberté d’expression est sauvegardée !
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Rappel des derniers textes en vue de l’appel
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MINDIN: L’EPMS fait appel contre Chantal et Philippe...
 

Le Procès pour dénonciation publique de maltraitance en institution, s’est finalement tenu à Nantes le 29 Juin dernier. Il a débouché, après plusieurs heures de débat et un recours en nullité à la non recevabilité de la plainte. Ce n’était pas pour autant une victoire, car cette non recevabilité reposait sur un vice de procédure et non sur le débat de fond. Durant le procés l’accusation n’avait pas d’autres arguments qu’une remise en question du caractère et de la santé mentale de Chantal, tandis que la défense mettait en évidence point par point les nombreuses insuffisances et contradictions d’un rapport de l’IDASS ne pouvant constituer une preuve juridique de diffamation vis à vis de l’EPMS qui emploie Chantal. Cela aurait pu en rester là, cependant l’EPMS ayant besoin de gagner ce procés pour entamer un licenciement pour faute lourde de Chantal, fait appel. Les enjeux du débat de fond restent les mêmes qu’en juin dernier. Malheureusement, si l’EPMS dispose d’un budget pour ce genre d’affaire, Chantal doit financer seule sa défense dans le cadre de cet appel, qui se chiffre à 1200 Euros !

La solidarité financière avait été efficace lors du premier procés, espérons qu’elle fonctionne aussi bien.

 Une date à retenir, en tout cas, pour cet appel: Jeudi 16 Novembre 2007 à Rennes.    

  Chantal,militante CNT-AIT, travaille depuis 1992 comme AMP au centre départemental pour personnes démunies de MINDIN. Dans le médico-social. Il s'agit d'un vaste lieu de vie pour personnes très dépendantes dont les troubles sont d'origine psychiatriques, quelques psychoses graves certes, mais aussi troubles envahissants du développement n'ayant quasiment aucune autonomie pour tous les actes de la vie ordinaire.

  Depuis 13 ans Chantal dénonce les conditions de travail institutionnelle qui engendre une certaine maltraitance. Mise à l'index en 1999, puis reconnue en 2001, elle est depuis 2005 à nouveau dans l'oeil du cyclone pour avoir à nouveau pointé du doigt les dérives institutionnelles sans qu'aucune mesure de fond n'ait été véritablement entreprise et appliquée.

   Un nouveau texte syndical en Juin 2005, en soutien à Chantal. Mais c'est une émission de radio en Septembre, sur Alternantes, qui va précipiter les évènements. Cette fois la direction de Mindin porte plainte pour diffamation contre Chantal et contre l'animateur de l'émission de radio. Certes il n'y a pas de diffamation sur une personne, mais sur la réputation d'un établissement. Dés lors le combat de Chantal prend une autre tournure, car si diffamation il y a, alors il va falloir pour la direction de Mindin et ses avocats prouver le caractère diffamatoire en regard de l'épais dossier à charge pour l'établissement constitué pour la défense de Chantal. Cela fait quand même 13 années de combats.

  Le procés prévu le 16 fevrier dernier a finalement été reporté au 11 Mai 2006 à Nantes. Un soutien commence à s'organiser.

 Bien sur s'il s'agit de défendre l'inaliénable principe de liberté d'expression, il ne faut pas que cet aspect de la défense occupe la première place car c'est avant tout le procés de la maltraitance institutionnelle de ceux et celles, qui par inaccessibilité au langage, peuvent par "procuration prothétique", cette fois, se défendre. C'est aussi pour Chantal, un aboutissment de 13 ans, et une opportunité que soit ,discutté en profondeur la question de la violence institutionnelle et... de ses remèdes.

A suivre donc.

Ci dessous, vous trouverez:

1- résumé de la situation 

2- Sites web sur les lesquels figurent l'emission de radio et des textes. 

3- Témoignange de Chantal après 7 ans de résistance.

4- Deux textes syndicaux de soutien à Chantal (2001 et 2005)

 

    1- Résumé de la situation

   Chantal.T, travaille depuis 1992 comme aide médico-psychologique au centre départemental pour personnes démunies de Mindin, en Loire Atlantique. Cet établissement héberge à vie des personnes très lourdement handicapées. Mentalement handicapées. Ce n’est pas un lieu de vie où peuvent s’épanouir ces personnes, ni même un höpital de psychiatrie publique où se discutteraient encore psychothérapie et orientation.. C’est un lieu où la vie est gardée en vase clos. Témoin de mauvais traitements et attachée à l’épanouissement de la personne comme au respect de la dignité, CT durant toutes ces années n'a pu se résoudre à se taire, pour dénoncer ce qui lui paraissait anormal et injuste tout en indiquant des voies du travail qu'il convient de réaliser si l'on veut rendre la vie plus agréable à ces handicapé-e-s . Envers et contre tous, elle a persisté à faire son travail selon son éthique, montrant qu'aujourd'hui, en matière de soins et d'assistance, le fait d'effectuer correctement son travail est déjà un acte de désobéissance contre ceux pour qui le seul fait de "garder au chaud" ces handicapé-e-s suffit. Des collègues, des syndicalistes "maison" ont dénoncé chez elle le "manque de solidarité de classe" par ce qu'elle dénonçait les conditions indigne dont elle avait été témoin. Il aurait fallu se taire, accepter, au nom de la solidarité ouvrière ? Non, c'est en voulant faire de sa tache une activité au service du bien être de ces personnes handicapé-e-s, c'est en refusant le fait que certains puissent les utiliser comme objet de leur sadisme, même seule, que CT a  fait preuve de "solidarité de classe". Elle montre une voie qui  devrait intéresser le syndicalisme aussi bien dans ses applications actuelles que dans ses aspirations futures. Parce que le syndicalisme devrait aussi s'employer à critiquer et orienter l'activité humaine dans un sens utile, répondant aux besoins et ne nuisant pas. C'est à ce moment là qu'il quitterait pour de bon le seul corporatisme revendicatif pour devenir révolutionnaire, c'est à dire sur le chemin de la réappropriation de l'outil et du sens du travail par le travailleur.... 

2- Sites web sur les lesquels figurent l'emission de radio et des textes. 

AFFAIRE DE MINDIN :

SOLIDAIRES FACE A L'ARBITRAIRE

Soutien mode d'emploi 

       

Textes disponibles sur:

* MINDIN : BIENVENUE EN MILIEU INHOSPITALIER ... [1999]

http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=266

* Le vent tourne a Mindin !

http://cntait89.free.fr/actualites/120801mindin.htm

* RÉFLEXIONS INSPIRÉES PAR UNE EXPÉRIENCE DOULOUREUSE AU TRAVAIL DANS UN

MILIEU PSYCHO-MÉDICO-SOCIAL

http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=899

  Suite à l'émission réalisée dans le cadre du "Magazine libertaire" (émission de la radio libre Alternantes) avec Chantal T. sur la Maison Départementale de Mindin (MDM), Chantal T. et Philippe Coutant (animateur de l'émission et militant libertaire) étaient cités à comparaître par la direction de l'institution pour "propos diffamatoires et mensongers" devant le Tribunal Correctionnel de Nantes, le jeudi 16 février 2006.

Ce jour, ils ont obtenu le renvoi au 11 Mai 2006 à 14h avec 2h30 d’audience.

 

Les liens vers l'émission de radio se trouvent

sur Indymedia Nantes :

http://nantes.indymedia.org/article.php3?id_article=7087

L’émission en MP3

http://nantes.indymedia.org/article.php3?id_article=7087

L’appel à témoignages

http://nantes.indymedia.org/article.php3?id_article=7531

Le texte en clair

http://nantes.indymedia.org/article.php3?id_article=7589

Des textes sur l'hitorique de Mindin sont disponibles dans la rubrique lutte -> santé, social de http://cnt-ait.info

Plusieurs petits site pour Mindin existent par ailleur:

http://mindindifferent.free.fr/

mindinautrement.free.fr

mindindifferent.free.fr

altermindin.free.fr

mindinreforme.free.fr

 

Le kit Mindin

 

Le kit Mindin sera bientôt disponible dans les lieux suivants :

* La Voix au chapitre à St Nazaire ;

* Vent d’Ouest et La Convention à Nantes ;

* Infokiosk B17.

 

Ce kit comprend le CD de l’émission, la transcription écrite de cette émission et une feuille d’infos sur cette affaire.

Il est diffusé à prix libre. Son prix de revient est de 1 Euro. Le soutien  ? C’est selon vos moyens ou selon vos désirs.

Pour le procurer, vous pouvez nous contacter ou envoyer un mail

<1libertaire@free.fr>

http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1203

ST NAZAIRE : LA MINDINITE ...

La mindinite (poésie ou chanson...)

C’est une maladie endémique propre au site de Mindin
et à son institution pour handicapé/es
Mindin est situé à St Brévin en Loire Atlantique.
Mille malades y vivent entouré/es de mille soignant/es.
Cette maladie provoque des souffrances chez les handicapé/es
victimes de maltraitance, chez les parents des personnes
vivant là-bas et parmi le personnel soignant. 

Parmi les symptômes on trouve de la violence physique,
des violences morales, des fortes doses de psychotropes,
du mépris, des fournitures mal adaptées,
des violences sexuelles, etc.

Divers inspections officielles n’ont rien trouvé d’anormal à Mindin,
pourtant la Justice a déjà condamné Mindin
et a demandé que cesse les dysfonctionnements
pour que la mindinite
ne se développe plus et ne fasse plus de dégâts.
Non tout va bien à Mindin ! Mais la mindinite continue ses ravages. 

La précarité et l’individualisme règnent à Mindin
comme ailleurs.
La bonne image extérieure est fondamentale à Mindin,
comme partout dans notre société.
Quelques personnes ont trouvé des remèdes à la mindinite :
la parole et la solidarité. 

Les spécialistes de la santé publique restent perplexes.
Une solution thérapeutique qui ne coûte rien,
mais qui fait des vagues et secoue l’institution.
Il vaut mieux encore que rien ne change
et que la mindinite reste cachée
et que l’on souffre en silence.

Une maladie qui parle a-t-on déjà vu ça ?
Une maladie dont la guérison remet en cause
le sacro saint pouvoir d’une Direction.
Ah non ! Pas de contagion surtout ! 

Un animateur d’une radio associative transformé
sans le vouloir en mindinomètre,
Une personne, qui en eh coutant d’autres,
s’est mis à refuser le Mindin aux Maîtres.

 

Nantes le 22 Février 2006

 

3- Témoignange de Chantal après 7 ans de résistance.

 

Expérience vécue dans un établissement

pour personnes démunies.

Témoignage de Chantal T publié

par son syndicat en 1999

LA MAISON  DÉPARTEMENTALE  DE  MINDIN  (44)

   La maison départementale de mindin  (MDM) sur la commune de Saint Brévin en Loire Atlantique est un établissement de la fonction publique territoriale à caractère médico social. Située à l'estuaire, rive sud, de la Loire, c'est le plus gros employeur de la région du Pays de Retz. L'établissement est situé à l'entrée Est de la commune à proximité d'une décharge et d'un camp pour gens du voyage. Plus en aval, Saint Brévin les Pins habité, en grande partie, par les employés de l'hospice  (MDM), puis, vers le large, Saint Brévin l'Océan vivant essentiellement du tourisme. Malgré ces 1000 handicapés vivant sur la commune, la circulation est dangereuse et la voirie très mal entretenue et inadaptée surtout dans le secteur de Mindin où par exemple, les trottoirs sont trop étroits pour les fauteuils roulants.      

  La grande ville, Nantes, se trouve à 5Okm à l'Est Saint Nazaire, par contre, n'est séparé deSaint Brévin que par la Loire. Cependant, il y a très peu d'échanges entre le Nord et le Sud Loire, il faut dire que le pont reliant les deux rives ne date que d'un peu plus de vingt ans et que celui-ci était à péage jusqu'à ces dernières années. Saint Nazaire est une ville de traditions ouvrières métallurgistes (Chantiers navals, Aérospatiale ).

   Anciennement Lazaret (bateau en quarantaine) puis Hospice jusqu'en 1998, la Maison Départementale de Mindin  (MDM) a accueilli jusqu'à 1200 handicapés et employé à peu près le même nombre de personnes.      

   Jusque dans les années 1970 environ, la différenciation employés/malades n'était pas très nette puisque le personnel logeait avec leur famille dans l'établissement et que les handicapés participaient grandement au fonctionnement de celui-ci.

    Beaucoup d'adultes, pourtant gravement handicapés, évoquent encore souvent les enfants où bébés dont ils avaient la charge.

    D'autres parts, il semble que les emplois, à Mindin étaient souvent occupés par, ce qu'on appellerait aujourd'hui, "des cas sociaux" (alcool).

Pour résumer, plusieurs personnes m'ont rapportée, au cours d'une enquête dans la région pour un travail de formation, "quand tu n'étais pas bon pour travailler à  la

SNIAS (Aérospatiale) ou au chantier, tu pouvais aller travailler là".

Cependant, il ressort aussi des témoignages que j'ai recueillis, que malgré cette situation, bien des bonnes volontés ont tenté d'apporter chaleur et humanité dans cet univers difficile.

Il est important de signaler aussi, que cet hospice acceptait toute personne quel que soit son handicap, et cela de la naissance à la mort.

Vivaient donc sur ce lieu et quasi en autarcie, des familles d'employés, de la direction, des religieuses (il n'y en a plus aujourd'hui), des malades mentaux, des personnes souffrant de troubles très légers et d'autres très lourdement atteintes ou polyhandicapées.

   Le site s'est progressivement ouvert, le personnel à cessé de résider sur les lieux, mais la plupart habite maintenant dans les environs immédiats. Il reste que le personnel est composé d'individus très proches: voisins, parents, maris, femmes, concubins, fratries etc. Alors qu'on aurait pu croire à un changement avec l'éclatement juridique de la maison, la tradition semble tenace puisque même les nouveaux directeurs ont aussi fait embaucher femmes et enfants et bénéficient d'une voiture et d'un logement de fonction sur le site.

   Jusque dans les années 1980, le personnel spécialisé était quasi inexistant: quelques passages de médecins généralistes ou de médecins psychiatres, quelques infirmiers et aides soignants.

   Difficile de savoir quels ont été les critères retenus pour les postes à responsabilité, chefs de services, surveillants, surveillants chefs, sous directeurs, directeurs, adjoints de directeurs... Il coure des rumeurs assez étonnantes à ce sujet.

    Peu à peu, on a formé du personnel hors site et sur site en ce qui concerne les aides soignantes, les aides médico psychologiques et les moniteurs éducateurs.

J'ai été embauchée en tant qu'aide medico psychologique en 1992 à la MDM.

   Quatre psychologues, des éducateurs, du personnel spécialisé, travaillaient déjà dans l'établissement qui était toujours hospice et composé d'une trentaine de pavillons. Nombre de ces pavillons n'étaient que des taudis délabrés aux grandes salles moisies, mal chauffées et très sales. Certains de ces secteurs ne recevaient aucune visites de l'encadrement, médecins, surveillants et psychologues  pénétrant rarement dans ces pavillons et encore  s'aventuraient-ils''qu'à quelques mètres de l'entrée ou dans le bureau.

    Ce qui servait de logement aux handicapés n'était pas visité. Dans ces pavillons vivaient les handicapés les plus lourds "des plus bas niveaux", terme très employé à Mindin ou l'objectif partagé généralement est de ne pas avoir à s'occuper des plus «bas niveaux ». Résultat, on fait valoir sa carte syndicale, sa relation avec la hiérarchie, son diplôme, pour être employé dans les bons services et avec les meilleurs niveaux.

J'entrais donc le 21 décembre 1992 dans la «salle de vie» du pavillon des courlis ou j'étais affectée. Une vingtaine de jeunes femmes déambulaient dans la pièce. Elles se bousculaient un peu lorsqu'elles se rencontraient, les plus craintives ou les plus mal portantes restaient au sol pour ne pas être renversées. Certaines semblaient vouloir exprimer quelque chose, d'autres se protégeaient le visage de leurs bras dès que quelqu'un s'approchait d'elles.

    Toutes attendaient le seul moment satisfaisant de la journée: la bouffe ! Dans l'office, les employés conversaient, jouaient aux mots croisés, ou renouvelaient sans fin les mêmes farces: envoi d'eau dans le cou ou chaises mouillées...

    Il fallait tout de même surveiller l'arrivée improbable d'un éventuel supérieur hiérarchique. La crainte n'était d'ailleurs pas bien grande, le supérieur en question ne souhaitait pas qu'on lui rappelât quelques souvenirs pittoresques. Il faut dire, question histoires, il s'en racontait de toutes sortes ! Cependant les mêmes faits revenaient dans tous les services: on disait par exemple, que telle personne, avant d'être promue responsable, arrivait en cuissardes dans son service, puis, une fois avoir manifesté sa présence, repartait à la pêche. Il m'a été aussi raconté puis confirmé qu'une malade avait été découverte dans les toilettes des peupliers en compagnie d'un ouvrier d'entretien qui avait la culotte baissée. Enfin, dans ce cas, on s'accordait à dire que la malade avait certainement provoqué l'employé.

     Aux platanes, M.P avait cassé une dent d'un pensionnaire par un coup de poing malencontreux.

Dans certains services on jouait à faire tournoyer les pensionnaires dans des sacs à linge sale.

On entendait encore qu'on frappait sur les verges des   pensionnaires lorsqu'ils avaient une érection sur leur fauteuil percé... J'envisageais cependant de faire mon travail avec la crainte toutefois de ne pas être à la hauteur, on m'avait tant enseigné sur les méthodes Éducatives!

Je savais qu'en cette maison exerçaient des surveillants, des infirmiers, des psychologues, des éducateurs, du personnel expérimenté ayant jusqu'à vingt cinq ans de maison! Pendant les pauses interminables, je profitais d'aller accompagner les handicapés, dans ce pavillon, les cas étaient lourds, les femmes ne possédaient pas le langage, la relation passait par des gestes autant que par des mots qui se voulaient rassurants, tenir la main, s'asseoir à côté... Je tentais en particulier de rassurer certaines femmes qui, au départ, étaient sur la défensive et se repliaient à la moindre approche. Je vidais les sceaux hygiéniques et tirais les chasses d'eau car les lieux étaient très peu visités et entretenus par le personnel.

    Je pensais être suivie par des collègues, non seulement ce ne fut pas le cas, mais encore j'observais des moqueries, puis, lorsque je commençais à exprimer ma désapprobation sur le travail, ou le non-travail, je dus subir beaucoup de mesquineries: changement d'horaires, perte d'objets, réflexions en tout genre. Je demandais à la hiérarchie, (psychologues, surveillants) de venir constater mes observations. Je dus subir encore plus de réactions de la part des collègues. Cependant la hiérarchie n'ignorait pas la véracité de mes affirmations et sentant la situation très tendue, ordonna ma mutation dans un autre service de femmes, mais, nettement moins handicapées.

    J'entrais donc au service des fauvettes en septembre 1993. J'avais été acceptée pour une formation de monitrice éducatrice à l'institut du travail social à Tours.

Cette formation se déroulait sur deux ans à raison d'une ou deux semaines par mois. Je commençais dans ce nouveau service, trois jours avant mon départ en formation. J'avais, depuis mon entrée à la MDM, pris l'habitude de consigner mes observations. Je continuais donc naturellement aux fauvettes. Dans ce lieu, les femmes étaient moins victimes de négligence que de violence physique (fessées sur des personnes de quarante ans, seau d'eau jeté sur la personne, gifles, cheveux tirés etc. ).

L'institut de formation nous demandait justement des observations sur notre pratique. Je crus pouvoir être entendue et épaulée, hélas, il m'en coûta énormément on me fit bien comprendre qu'il était anti professionnel de dévoiler ce genre de pratiques. La formation avait justement pour but de développer chez les éducateurs: "I'esprit de corps".

    Un seul formateur s'émut de mes observations, on lui fit très vite comprendre qu'il n'était pas dans son rôle d'aider un élève qui n'entrait pas dans la norme. Il faut dire aussi, que la maison départementale fournissait généreusement en élèves cet institut.

    Au moment de l'examen de validation de ces deux années de  formation, I'un des membres du jury, qui était assistante sociale, me dit que ce que j'écrivais était très grave. J'estimais, en effet, que mes observations mentionnaient des faits graves qui auraient dû faire l'objet d'enquête, je me trompais mes écrits étaient trop grave pour moi, ma validation fut refusée.

    Entre temps, j'avais encore été mutée de service. En six ans, j'ai travaillé dans six services très différents. Dans l'établissement, les personnes ne changent guère plus de deux ou trois fois de service dans toute leur carrière.

   Lors de mon affectation le 13/06/94 au service des Colombes, je fus retenue au bureau du directeur des ressources humaines de 8h45 à 12h30. C'est lors de cette entrevue que le directeur, en présence d'une surveillante, déplora des dysfonctionnements importants au sein de l'établissement, il évoqua même avec cette surveillante, I'affaire de l'ouvrier trouvé dans les toilettes avec la malade. Mais, selon lui, il ne pouvait jamais intervenir parce que les syndicats étaient trop forts. On me présenta le service des Colombes considéré comme une des vitrines de Mindin: Certains services mieux dotés en personnel et en locaux pouvaient accueillir visiteurs et stagiaires. Pourtant, aux Colombes, un éducateur me présenta les malades comme des "pervers et fachos" qu'il convenait de punir, personne, dans tout le personnel présent, ne contesta.

     J'envoyai une lettre relatant ceci au psychiatre et à la psychologue mais il n'y eut pas de réaction. J'acceptais mal les réprimandes et le mépris envers les malades, le personnel obtint une fois de plus mon éviction.

     Mon quatrième service fut les peupliers. C'est dans ce service qu'était hospitalisé un jeune homme dont la mère a porté plainte car elle s'aperçut un week end, que le slip de son fils étaient tachés de sang.

    Réponse de l'établissement: le jeune l'avait cherché, il avait droit à une vie sexuelle, d'ailleurs s'il n'était pas d'accord il devait porter plainte lui-même. Ce jeune est reconnu handicapé et est placé sous tutelle.

     Il me semble que l'affaire n'est pas encore réglée. Les plaintes sont rarissimes envers l'établissement, un grand nombre de handicapés sont placés sous la tutelle de l'établissement lui-même, beaucoup n'ont pas de famille ou ne la voient pas, les familles préfèrent ne pas se mettre en mauvais terme avec l'établissement, il n'y a pas beaucoup de places pour les personnes lourdement handicapées, et il vaut mieux pour leurs enfants, qu'ils soient placés dans les moins mauvais services . Enfin, la plupart des handicapés ont de grosses difficultés à s'exprimer. Quant à la liberté, il est vrai que les malades les plus forts ou les plus malins ont la possibilité de se servir sur les plus faibles en cigarettes, argent de poche ou sexe. Surveillants psychologues et autres employés s'accordent eux-mêmes à dire que de nombreux viols ont lieu. Mon cinquième service fut le "Pont Renaud".

     Dans ce service, un pourcentage important de malades ont de la famille, c'est un service bien doté en personnel, locaux, véhicules... Comme dans les quatre autres services mes transmissions consignées dans les cahiers n'étaient pas supportées, par exemple, je signalais l'incontinence d'une personne qui se rendait fréquemment aux toilettes. Suite à ces transmissions, le médecin détecta, d'ailleurs une infection urinaire. Cependant, le personnel cachait les slips de la malade car elle se changeait trop souvent.... Enfin, en foyer nursing, le fait de consigner ce que j'avais fait ou vu ne fut pas supporté non plus.

     Il faut dire que les cahiers étaient plutôt vides, mettant en évidence le peu de temps d'occupation pour les handicapés.

Stupéfaite dès mon arrivée à Mindin, Je fus ébranlée, triste mais résolue à ne pas quitter cet établissement sans agir.

   Je savais que ce ne serait pas facile, ce fut extrêmement pénible et difficile, je découvris une organisation soudée et impénétrable. Je commençais donc par parler aux collègues et à la hiérarchie, cela me valut insultes et mutations.   

   J'informais la Ligue des Droits de l'Homme locale qui organisa une réunion sur Saint Nazaire en présence de responsables de l'établissement. Il fut établi que ce que j'affirmais était réel. Les syndicats présents eurent une attitude corporatiste odieuse sauf le délégué CGT, qui témoigna même de ce qu'il avait vécu. Par la suite, la CGT se désolidarisa.

    Il faut dire que, contrairement à FO et à la CFDT, le délégué est en bas de la hiérarchie, que ce syndicat est moins fort que les deux autres dans l'établissement. Enfin, le directeur des ressources humaines, lui-même, lors de mon "entrevue" avec lui le 13 Juin 1994 me dit que MB (délégué CGT) risquait de regretter ses paroles.   

     D'autres syndicalistes m'ont reproché mon "manque d'esprit de classe". La Ligue des Droits de l'Homme a son siège à la mairie de Saint Nazaire, c'est en tout cas, là que je contactais les membres de l'association qui occupent un emploi très intéressant dans cette mairie.

        Un psychiatre, intervenant à la Maison Départementale est  également élu à Saint Nazaire.

Enfin l'actuel président de la LDH me téléphona pour dire "qu'il n'était pas vraiment souhaitable de faire des vagues". Sa décision avait-elle un rapport avec le fait que celui-ci bénéficiait d'un poste en mairie de Saint Nazaire ou parce qu'il militait dans un des syndicats influents à Mindin ? J'écrivis aussi à la DASS qui me menaça, plusieurs lettres détaillées au procureur qui ne donna pas suite.       

       Cependant, au fur et à  mesure la répression se faisait plus lourde: pétition de la part du personnel, réflexions en tout genre, injures, notations catastrophiques - ce qui influe sur l'avancement et la retraite - on me laissait parfois seule dans le service, au mépris de la sécurité.

     Bien sur, je n'ai pas pu tenir et mes arrêts maladie étaient de plus en plus fréquents. Aujourd'hui, je suis arrêtée pour "état dépressif réactionnel".

    J'ai aussi écrit à l'inspecteur de la sécurité sociale pour exposer ma situation, celui-ci à transmis mon courrier à son collègue chargé des établissements médicaux ou sociaux, mais, selon ce dernier, seule la DASS peut intervenir pour une enquête sérieuse. Celle-ci, non seulement, refuse de consulter les documents que je lui indique: cahier de transmissions, dossiers... mais, me demande, en plus de respecter ce qu'elle appelle "obligation de réserve".

        L'établissement a bien changé du point de vue des locaux, cependant la mentalité reste la même.

 CT 

4- Deux textes syndicaux de soutien à Chantal (2001 et 2005)  

Le vent tourne à Mindin !  

(Tract de son syndicat, la CNT-AIT, en 2001 après qu'il ait semblé
un temps que son travail de dénonciation des injustice
soit officielllement reconnu...)

  

   Le vent semble tourner à la maison départementale du Mindin (MDM), en Loire Atlantique sur la commune de saint Brévin, cet  établissement médico social départemental de la fonction publique territoriale qui héberge à vie des personnes très lourdement  et mentalement handicapées, dites démunies.

     Les langues se délient, des soutiens inattendus se font jour.

  Rappelons nous: Madame CT, membre de la CNT-AIT, travaillant depuis 1992 comme aide médico-psychologique dans cet établissement a du faire face, seule, au mur du silence car témoin de mauvais traitements subis par des pensionnaires de ce lieu de relégation. Durant toutes ces années elle n'a pu se résoudre à se taire, pour dénoncer ce qui lui paraissait anormal et injuste tout en indiquant des voies du travail qu'il convenait de réaliser si l'on veut rendre la vie plus agréable à ces handicapé-e-s .

  Envers et contre tous, elle a persisté à faire son travail selon son éthique, comme si en matière de soins et d'assistance, le fait d'effectuer correctement son travail avait été un acte de désobéissance contre ceux pour qui le seul fait de "garder” ces handicapé-e-s suffisait. Bien qu’elle ait alerté du monde, il n’y a pas eu de suites institutionnelles, montrant là le peu de considération que son action recevait:

- Premier signalement en Août 1994 à Madame B de la DISS puis en Mars 1995 et Septembre 1995.

- Signalement répétés des faits à la direction, au psychiatre vacataire et aux psychologues de l’établissement.

- Envoi plusieurs lettres au procureur de la république.

- Signalement à la ligue des droits de l’homme (qui aura demandé sans suites un plan d’action à la direction).

- Déclaration à la police en Avril 1996.

- Déclaration à l’IGAS en Avril 96, Avril 97, Octobre 98.

- Déclaration au secrétariat d’Etat à la santé en Mai 96.

- Déclaration au docteur JD de la DDASS en Juillet 96, Septembre 96, avec deux entrevues.

- Entrevue avec Mr C, médiateur de la république, en Juillet 97.

- Signalement au conseil général en Août 1999.

- Et bien sur multiples alertes aux syndicats “représentatifs” de l’établissement.

    Des collègues, syndicalistes "maison", ont cependant dénoncé chez elle le "manque de solidarité de classe" parce qu'elle dénonçait les conditions indignes dont elle avait été témoin.

    C’est pourtant en voulant faire de sa tâche une activité au service du bien être de ces personnes handicapé-e-s et  en refusant le fait que certains puissent les utiliser comme objet de leur sadisme, même seule, que madame CT faisait preuve de "solidarité de classe", en montrant une voie intéressant le syndicalisme comme devant aussi s'employer à critiquer et orienter l'activité humaine dans un sens utile, répondant aux besoins et ne nuisant pas et  donc, à ce moment là, quitter le seul corporatisme revendicatif pour devenir révolutionnaire, c'est à dire sur le chemin de la réappropriation de l'outil et du sens du travail par le travailleur.

    Il y a  deux ans la CNT-AIT, aux côté de madame CT, avait diffusé largement un 4 pages racontant toute cette histoire, dans le but d’aider madame CT dans son combat et d’ensemencer une réflexion critique sur ce qu’il se passait ici comme dans d’autres établissements.

    Tous les travailleurs de la MDM en auront alors pris connaissance et bien au delà aussi. La lettre à LULU, périodique local lu dans la région en aura tiré un reportage attestant les dires de madame CT.

    Nous avons organisé une réunion publique le 28/01/00 à Paris à ce sujet, qui avait rassemblé nombre de travailleurs du secteur santé-social-éducation.

    Malgré cela, madame CT épuisée, sans avoir été prise au sérieux, se retrouvait en longue maladie. Cela pouvait arranger du monde, “l’emmerdeuse”, celle qui pose problème, se retrouvant stigmatisée semblait donner raison à ceux et celles qui avaient voulu la voir comme une “folle”.

     Pourtant après toutes ces années, les deux ans de travail  de discussion et de diffusion continue et par nos soins d’information, n’auront pas été vain, puisque tout cela commence à porter ses fruits.

     Il semble que depuis quelques semaines le processus s’accélère et la CNT ne peut que s’en réjouir.

Un mouvement de mécontentement du personnel de la MDM se fait jour, soutenu par l’association des familles des résidents des établissement de Mindin et d’après nos informations, des mouvements similaires ont lieu dans d’autres établissements.

    Condamnant la “qualité de prise en charge minimale et le mal être des résidents”,  une situation qui engendre des dysfonctionnements et des actes de violence dont les résidents sont les victimes”, le mouvement dénonce le “manque criant de personnel” et tire la sonnette d’alarme sur “les conditions de travail qui se dégradent, provoquant l’usure des agents et une augmentation significative de l’absentéisme”, “les repos - légitimes - jamais compensés en termes d’emplois” (il manquerait 44 postes à Mindin comprenant 18 postes rendus nécessaires par l’observation des repos compensateurs et sans compter, bientôt, les 35 heures).

    Début Mai 2001, signale Ouest France, monsieur PB, vice président du conseil général, après avoir rencontré personnel et parents faisait savoir dans un communiqué, “que pour soutenir les équipes, le conseil général s’engage à créer immédiatement 3 postes supplémentaires” tout en appelant l’Etat, financier principal, à produire un effort similaire.

    Les manifestations de personnels et familles de résidents, se succèdent,  devant la MDM, sur le pont de Saint Nazaire, devant la préfecture de Nantes où ils sont reçu par le directeur du cabinet du préfet qui précise que le directeur de la DDASS, monsieur M, devrait être reçu au ministère à ce sujet.

   Vigilants quand aux promesses, ils sont conscients qu’une“réflexion de fond sur la structure et le fonctionnement “de La MDM, “ne pourra être esquivée”.

   Si la CNT-AIT ne peut que se réjouir d’un tel changement de situation - elle se réclame solidaire du mouvement en cours - , elle met en garde les salariés et les familles de résidents contre les récupérations de syndicats de l’établissement restés silencieux pendant des années. L’association dans cette lutte de membres du personnel et de familles de résidents, en attendant aussi l’expression de résidents eux-même, est à nos yeux exemplaire.              

   Dans ce contexte, la CNT-AIT tient à souligner que le long combat de madame CT et son relais syndical CNT, il y a deux ans, reste à l’origine des mouvements en cours.

La CNT-AIT réaffirme ses revendications:

- Effectivement, les conditions d’hebergement, de soin, de vie des personnes démunies concernant l’outil de travail doivent intéresser au premier plan le syndicalisme. Et que cette question intéresse la nécessaire réflexion de fond sur ce type d’établissement.

- Que des personnels formés, motivés, conscients de leur tâche, en nombre suffisant (créations de postes), mais aussi respectés dans leurs droits et leur dignité, sont une condition nécessaire à la bonne marche du travail.

- Qu’il est nécessaire de désenclaver et d’ouvrir au monde extérieur et au mouvement de la vie ce type de lieu de vie, afin qu’ils ne s’enferment pas dans une logique de relégation.

- Que chaque résident est un individu à part entière ayant droit à être considéré dans la dignité et non un anonyme se confondant dans une masse informelle de personnes démunies gardées à l’écart du monde.

- Que la société dans son ensemble est concernée, tant il est vrai, que ce type de lieu de vie reste la conséquence du fait qu’il n’est pas possible pour les proches de ces personnes handicapées de vivre avec elles au quotidien. Ce ne sont ni les proches, ni les personnels qui ont choisi de s’occuper de ces personnes, qu’il faut accabler, mais l’ensemble de la société sur son fonctionnement et la place qu’elle assigne à certains de ses membres lorsqu’ils ne s’inscrivent pas ou plus dans le système de la productivité/consommation ordinaire.

- Que l’ensemble du système sanitaire et social est concerné. Tant il est vrai que nous vivons, malgré l’accroissement considérable de la demande de soin, à un démantèlement de l’outil de soin dynamique en santé mentale donnant l’illusion triomphaliste (pour les ennemis du droit à la santé mentale) d’une disparition de la politique asilaire alors que nombre de patients ne trouvant plus de temps et de place nécessaire à la poursuite dynamique de leur soins sont rapidement relégués dans un secteur médico-social en pleine expansion mais n’ayant pas mission de thérapie et faisant prendre le risque d’un déplacement de la chronicité asilaire vers ce secteur médico-social. Que le secteur psychiatrique ne soit plus asilaire (au mauvais sens du terme), que le secteur médico-social risque de le devenir, dans tous les cas c’est le droit d’asile à la personne souffrante et donc ayant droit à des soins et thérapies, sur mesures et ouvertes sur la vie, qui est menacé sinon déjà aboli dans nombre de localités.

- Enfin, nous réclamons aux côté de notre compagne madame CT, pionnière dans ce combat reconnu maintenant par de plus en plus de monde, ayant payé de sa personne et actuellement elle même reléguée en longue maladie que les injustices dont elle a été victime soit réparées et qu’elle obtienne la reconnaissance qui lui est due, après que sa parole ait été pendant si longtemps mise en doute.

   La CNT-AIT, dans une démarche intercorporative, interprofessionnelle et interrégionale, reste vigilante quant aux suites données à ces différentes revendications.

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Retour sur Mindin !
 

(Juin 2005: Sans que les problèmes de fond aient été abordés, Chantâle est à nouveau persécutée sur son lieu de travail, pour ses prises de position, par ceux pour qui le silence est d'or. Un nouveau tract syndical est diffusé - ci dessous - L'affaire redémarre et c'est en Septembre 2005 qu'elle est invitée à cette fameuse émission de radio Alternantes qui lui vaut ce procés du 11 Mai 2006....)

   Nous diffusons ce texte à propos de notre compagne CT qui travaille a la maison départementale du Mindin, et qui après un long combat, une persécution suivie d’une résistance que nous avions suivie entrainant quelques années d’accalmies et même une certaine reconnaissance de son travail et de la justesse de ses remarques.

   Pour de récentes prises de position elle vient à nouveau d’être persécutée.

   La CNT-AIT toujours vigilante quant à l’évolution de la situation de sa compagne et de son lieu de travail tient à nouveau à se manifester en rappelant brièvement l’histoire de son combat, ce qui en avait découlé, et comment un revirement s’est opéré récemment à son encontre.

   Nous tenons à dénoncer les persécutions contre notre compagne soutenir certaines positions institutionnelles qu’il conviendrait d’amorcer autour d’un travail si difficile, si l’on veut réellement changer la vie dans ces lieux.

  La maison départementale du Mindin (MDM), en Loire Atlantique sur la commune de saint Brévin est un établissement médico social départemental de la fonction publique territoriale qui héberge à vie des personnes très lourdement  et mentalement handicapées, dites démunies.  

  Nous avions déjà diffusé deux écrits (1999 et 2001) à propos de ce qui s’y passait et surtout à propos du combat qu’avait mené quasiment seule Madame CT, membre de la CNT-AIT, travaillant depuis 1992 comme aide médico-psychologique dans cet établissement. Elle avait du faire face, au mur du silence. Témoin de mauvais traitements subis par des pensionnaires de ce lieu de relégation. Durant toutes ces années elle n'avait pu se résoudre à se taire, pour dénoncer ce qui lui paraissait anormal et injuste tout en indiquant des pistes sur le travail qu'il conviendrait de réaliser si l'on voulait rendre la vie quotidienne plus agréable à ces personnes handicapées très dépendantes et en permanence d’une aide humaine. Envers et contre tous, elle avait persisté à travailler selon son éthique, comme si en matière de soins et d'assistance, le fait d'effectuer correctement son travail avait été un acte de désobéissance contre ceux pour qui le seul fait de "garder” ces handicapé-e-s suffisait. Bien qu’elle ait alerté du monde, il n’y avait pas eu de suites institutionnelles, montrant là le peu de considération que son action recevait.

    Des collègues, syndicalistes "maison" (FO), avaient cependant dénoncé chez elle le "manque de solidarité de classe" parce qu'elle dénonçait les conditions indignes dont elle avait été témoin.

    C’est pourtant en voulant faire de sa tâche une activité au service du bien être de ces personnes handicapé-e-s que madame CT faisait preuve de "solidarité de classe", comme s'employer à critiquer et orienter l'activité humaine dans un sens utile, répondant aux besoins et ne nuisant pas.

    Et  donc, à ce moment là, quitter le seul corporatisme revendicatif pour devenir révolutionnaire, c'est à dire sur le chemin de la réappropriation de l'outil et du sens du travail par le travailleur.

    Il y a  six ans la CNT-AIT, avait diffusé largement un 4 pages racontant toute cette histoire, dans le but d’ensemencer une réflexion critique sur ce qu’il se passait ici comme dans d’autres établissements. ce tract avait eu un certain impact local et régional y compris à travers certains organes de presse. Une réunion publique il y a 5 ans à Paris avait rassemblé nombre de

travailleurs du secteur santé-social-éducation. Madame CT épuisée, sans avoir été prise au sérieux, s’était tout de même retrouvé en longue maladie. Cela pouvait arranger du monde, “l’emmerdeuse”, celle qui pose problème, se retrouvant stigmatisée semblait donner raison à ceux et celles qui avaient voulu la voir comme une “folle”.

  Cependant après toutes ces années, les deux ans de discussion et de diffusion, continue et par nos soins,  d’informations, n’avaient  commencé à porter leurs fruits: En 2002 un mouvement de mécontentement du personnel de la MDM se faisait jour, soutenu par l’association des familles des résidents des établissement de Mindin. Condamnant la qualité de prise en charge minimale et le mal être des résidents, une situation qui engendre des dysfonctionnements et des actes de violence dont les résidents sont les victimes, le mouvement dénonçait le manque criant de personnel et tirait la sonnette d’alarme sur des conditions de travail se dégradant, provoquant l’usure des agents et une augmentation significative de

l’absentéisme, les repos - légitimes - jamais compensés en termes d’emploi.C’était avant la loi sur les RTT et il manquait déjà 44 postes dont 18 rendus nécessaires par l’observation des repos compensateurs. Des mouvements similaires avaient lieu dans d’autres établissements. Les manifestations de personnels et familles de résidents, se succédant,  devant la MDM, sur le pont de Saint Nazaire, devant la préfecture de Nantes où ils furent reçu par le directeur du cabinet du préfet qui précisait que le directeur de la DDASS, monsieur M, devrait être reçu au ministère à ce sujet. Vigilants quand aux promesses, la conscience était très vive qu’une réflexion de fond sur la structure et le fonctionnement de La MDM, ne pouvait être esquivée.

     C’était dans les faits une reconnaissance de la justesse du combat que C.T avait mené pendant plusieurs années. La CNT-AIT, savait pour l’occasion rediffusé un texte, rappelant son rôle dans le réveil des consciences et appuyant le mouvement en cours en appelant à la méfiance les salariés et familles de résidents vis à vis de structures syndicales qui non seulement n’avaient rien fait depuis des années mais avaient à l’époque enfoncé madame CT. Nous avions parmi d’autres revendications demandé à l’époque que les injustices dont elle avait été victime soit réparées et qu’elle obtienne la reconnaissance qui lui est due, après que sa parole ait été pendant si longtemps mise en doute. Ce qui fut fait, en ce qui la concerne !

      Et lorsque elle repris son travail en 2002, le ton avait changé, elle n’était plus “la folle”, on lui dressait un accueil chaleureux. Est-ce pour autant qu’un changement concret dans l’organisation institutionnelle des prises en charges était à l’oeuvre et au delà de la mise en avant de quelques unités modèles utilisées comme vitrine de l’établissement ? En fait non. Le cours des choses repris. Toujours est-t-il que les notations d’années et années s’avérèrent très favorable au travail de CT. De la direction: “Madame, je vous félicité d’avoir su vous réintégrer dans la structure du FMN. Tout le monde devrait pouvoir apprécier vos qualités de réflexion et votre engagement à satisfaire les besoins des résidents”. Ceci n’endormit pas la vigilance de CT, en ce qui la concerne puisque elle tenta sans succès (entre Octobre 2004 et Janvier 2005) d’obtenir son dossier personnel et bien qu’elle en ait le droit, toutes ses tentatives échouèrent. CT ne fut non moins vigilante sur la protection des résidents. Et inquiétée par le fait que de trop nombreux arrosage aient lieu sur les lieu de travail et puisse nuire à la qualité des prises en charges elle contacta, pour conseil, la présidente d’une association d’anciens alcooliques (La croix d’Or). Cette dernière était une ancienne salariée de Mindin, qui transmis le courrier à la chef de service de CT. Le 4/2/05, CT fut donc convoquée à une “réunion”, en urgence qui se révéla être un véritable tribunal où 25 personnes l’accablèrent verbalement de reproches, lui mirent la pression. “Si elle ne supportait pas la convivialité de l’alcool, elle ne correspondait pas au projet du foyer”, “Que le fait qu’elle fasse des remplacements dans les différentes unités de Mindin était du voyeurisme”, “Qu’elle parlait à un membre du personnel qui lui aussi était sur la touche”...

   Très choquée psychologiquement, CT s’est retrouvée quelques temps en en arrêt maladie.

Bien sur ces pressions n’ont été que verbales, aucun n’écrit ne pouvant venir contredire les bonnes notations qu’elle venait de recevoir.

  C’est pourquoi la CNT-AIT demande que cessent les persécutions dont CT est l’objet, elle exige que CT puisse obtenir son dossier personnel comme elle en a le droit.

  Sur le fond de la dernière affaire: La CNT-AIT ne remet pas en question le fait que les personnels se détendent et célèbrent entre eux différents événement conviviaux, tant qu’il n’y a pas de retentissement négatifs sur les résidents. Mieux encore, il est possible et thérapeutique pour les personnels d’organiser des événements festifs et conviviaux avec les résidents, comme des repas collectifs. Dans l’unité ou en dehors de l’unité. Là où cela se pratique, c’est à la fois profitable aux résidents et au moral des équipes et cela participe du développement d’une ambiance bénéfique dont les retombées sont évolutives et préventives en matière de violence. Cela met de la vie dans des lieux toujours menacés de sclérose morbide.

  Si la convivialité permet par ailleurs d’associer dans des festivités

institutionnelles, les résidents, cela ne peut que contribuer à leur

épanouissement et à mettre de la vie dans des lieux dont le risque permanent est la sclérose et la relégation. Les rares endroits où un travail d’ambiance et de convivialité soignants/soigné se fait, les retombées sur la qualité de vie des résidents (ou des patients) et sur le moral des équipes profite à tout le monde, surtout lorsqu’il s’agit de personnes très dépendantes. Par contre lorsque les équipes se replient sur elle même, trop souvent, pour échapper aux résidents exprimant leurs désaccords par des troubles du comportement, le risque est d’accroître un climat préjudiciable pour tous. Un engrenage involutif..

   Effectivement, les conditions d’hébergement, de soin, de vie des personnes démunies concernant l’outil de travail doivent intéresser au premier plan le syndicalisme. Et que cette question intéresse la nécessaire réflexion de fond sur ce type d’établissement. Des personnels formés, motivés, conscients de leur tâche, en nombre suffisant (créations de postes), mais aussi respectés dans leurs droits et leur dignité.. Il est nécessaire de désenclaver et d’ouvrir au monde extérieur et au mouvement de la vie ce type de lieu de vie, afin qu’ils ne s’enferment pas dans une logique de relégation. Chaque résident est un individu à part entière ayant droit à être considéré dans la dignité et non un anonyme se confondant dans une masse informelle et démunie gardée à l’écart du monde. La société dans son ensemble est concernée, tant il est vrai, que ce type de lieu de vie reste la conséquence du fait qu’il n’est pas possible pour les proches de ces personnes handicapées de vivre avec elles au quotidien. Ce ne sont ni les proches, ni les personnels qui ont choisi de s’occuper de ces personnes, qu’il faut questionner, mais l’ensemble de la société sur son fonctionnement et la place qu’elle assigne à certains de ses membres lorsqu’ils ne s’inscrivent pas ou plus dans le système de la productivité/consommation ordinaire.

  Il ne s’agit pas d’accabler les personnels: s’occuper de personnes complètement dépendantes (toilette, habillage, alimentation, hygiène intime) au quotidien pendant des années sans autres perspectives que de les maintenir dans un état de tranquillité et de satisfaction, en dehors d’épouvantables souffrances, est extrêmement difficile.  C’est avant tout une question de thérapie institutionnelle. Nous connaissons l’engrenage institutionnel de la violence. Un nombre de personnel insuffisant, une situation de lieu fermé, une absence d’ouverture des lieux vers des activités des sorties, une absence de travail de réflexion collective institutionnelle (psychologues,

médecins) font que ce travail quotidien peut progressivement virer au cauchemar. Pour les équipes et donc pour les résidents... Il s’agit de personnes complètement dépendantes, mais tout à fait existantes, et la charge de travail est énorme. Alors que de véritables relations et enjeux humains se jouent et se nouent comme partout. Lorsque les travailleurs n’en peuvent plus qu’ils n’arrivent plus à créer une ambiance conviviale dans ces lieux de vies Cela devient déroutant, déprimant, un sentiment d’échec, une envie de se replier entre salariés et c’est l’engrenage les personnes handicapées utilisent ce dont elles disposent pour se faire entendre rajoutant de la pénibilité au travail. Le pensionnaire devient alors sans l’avoir voulu le persécuteur des travailleurs, ce qui facile les passage à l’acte sadique à leur encontre par les plus à bout, les plus fragile...

Comment briser ce cercle vicieux est la vraie question ? Comment avancer en ce sens, se mettre sur la voie puisqu’il y a beaucoup à faire ? C’est justement cela reprendre en main l’outil de travail. Bien que ce soit une tache ardue, elle n’est pas insurmontable avec temps et ténacité,  travail collectif, temps de réflexions et d’échanges, temps de parole, visites et échanges avec d’autres institutions...

     Par expérience de certaines institutions, encore trop rares, qui ont pu le mettre en oeuvre et le maintenir. Cela marche !

  Or Mindin n’a pas le personnel en nombre pour, ni assez de psychologues cliniciens rompus aux techniques de thérapies institutionnelle, ni suffisamment de médecins habitués des patients très dépendants ... Mindin ne fonctionne pas habituellement comme cela, il faut donc qu’une réflexion collective à l’initiative de membres du personnel (hors hiérarchie, car il est difficile de s’exprimer librement en présence de ceux qui notent même lorsqu’ils vous assurent de leur  bienveillance, et il faut savoir “cadrer le cadre”), puisse se mener par des rencontres entre personnels de mêmes unités et d’unités différentes pour échanger ensemble sur les difficultés, de les besoins, de les désirs. En sachant que les résident sont une population de personnes complètement existantes souvent

intelligente, dont le développement psychosocial a été bloqué, envahi, souvent à la suite de graves traumatismes de le toute petite enfance, mais dont le principal problème se situe autour de la capacité à communiquer et dans son rapport à l’autre. Souvent sans paroles, à la structure du langage délabrée ou mal construite, sans être muets, ils n’en sont pas moins des êtres sensibles qui ont en fonction de leurs possibilités leurs propre stratégies. La plus grandes difficulté pour le personnel, en dehors d’un strict gardiennage qui mène, lorsqu’il se limite à cela, de toute façon à des situations pénibles pour tout le monde, est de chercher à donner un sens avec le langage à des signes infraverbaux adressés par le résident. Tenter de les comprendre c’est créer de la “prothèse institutionnelle”, et lorsque cela marche cela permet de remédier à des problèmes le plus souvent, et après coup d’une simplicité déconcertante ... Et d’améliorer la vie quotidienne des résidents comme des personnels.

Discutter de tous ces sujets est un préalable incontournable qui pourrait se faire à l’initiative des salariés, même s’ils ne sont que quelques uns au début..

  Il faut aussi dans les moyens alloués à l’institution, demander médecins et psychologues...  Demander que deux lieux pour les sorties et pour l’habitat soient possibles pour chacune de ces personnes car elles ont  besoin , comme tout le monde, d’évoluer dans plusieurs lieux, même si une certaine ritualisation des activités a un effet rassurant et répond avec adéquation à leurs

problématiques profondes. Des prises en charges individualisées et “sur mesure” doivent pouvoir se réaliser pour leur épanouissement individuel. Même dans les limites de handicaps lourds liés à des dégâts structuraux irréversibles mais fixés, il y a toujours deux possibles en évolution: la souffrance de l’angoisse envahissante et de la relégation ou bien le bonheur de la tranquillité et de la plénitude de sois, qui contient parfois ses surprises évolutives... Il est temps de choisir!

   La CNT-AIT, dans une démarche intercorporative, interprofessionnelle et interrégionale, reste vigilante quant aux suites données à ces différentes revendications.