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Didier Davoust nous a quitté le 7 Septembre ...




« Et, il y avait Gary Snyder ... »

Didier Davoust n'avait pas son pareil pour raconter l'histoire de la « Beat Génération » : On the road, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, Jacques Kerouac, les clochards célestes ... La Beat génération, mais plus largement, la littérature américaine, Henry Miller ... Mais, ce n'était que l'une de ses nombreuses sources de connaissance, d'inspiration, quelques fragments qu'ils se plaisait à articuler, les uns avec les autres ... Didier était à lui seul, une pluri, multi et transdisciplinarité dont il puisait l'interprétation symbolique dans de nombreux textes .... Dans une finalité d'accompagnement, d'éclaireur, d'une transformation du monde, par le meilleur de l'humanité ! De cette littérature, il était dans sa vie, son parcours, l'un de ses héros incarnés et unique.

Didier Davoust, nous a quitté un Dimanche matin, avant que le jour se lève. Son corps l'a lâché pendant son sommeil, ce Dimanche 7 Septembre 2014, à la clinique la Roseraie, où il se reposait, pendant une cure de radiothérapie et, finalement, au terme d'un épuisant combat contre le cancer révélé un an plus tôt. Il n'était pas prévu, qu'il meure lors de cette hospitalisation là, il n'était pas encore dans l'accompagnement palliatif, mais dans ne étape décisive d'un combat qui tournait à son désavantage. Il y a un an, c'est la découverte de ce cancer apical du poumon droit, puis premiers succès jusqu'en début d'année 2014 avec la radiothérapie, sa forme est excellente ! Commence ensuite la chimiothérapie, qui va le mettre dans un état d'épuisement, pendant qu'une offensive sournoise du cancer le laissera au printemps avec une métastase hépatique et une tumeur du poumon ayant repris de la vigueur ...

Ce texte, lié à mon expérience avec lui, sera forcément partiel, partial et non exhaustif, il est mon point de vue.

J'ai rencontré Didier, il y a 20 ans, début 1994, lors de l'occupation par la « coordination des sans-abris », d'un immeuble de la rue Saint Sauveur à Paris 2ème. Didier Davoust, trainait ses guêtres dans cet arrondissement, et y avait installé ses quartiers dans quelques bistrots, dont celui de Mme Odette. Il y résistait à sa façon contre Benoite Taffin, alors Maire du 2ème arrondissement de Paris, et surtout contre Alain Dumait, un homme de l'ombre, très à droite, partisan d'un capitalisme sauvage ultra-libéral, libertarien, qui tenait véritablement le pouvoir et l'influence politique sur cet arrondissement. Didier pratiquait aussi inlassablement l'entraide au quotidien vis à vis des plus démunis, rassemblant tous ses savoirs faire pour parvenir à sortir individuellement nombre de gens de la galère dans laquelle ils se trouvaient. Didier a donc su que ce squat en lutte existait sur le 2ème arrondissement, et s'y rendit - en échos avec sa jeunesse subversive - participant à quelques assemblées générales, pour rencontrer des gens qui luttaient contre la misère. On était en 1994. Déjà 20 ans ! Didier Davoust qui avait connu autrefois Gaston Leval, un anarcho-syndicaliste qui sut rapporter par écrit la réalité comptable et structurelle des transformations sociales anarchistes durant la révolution Espagnole de 1936, et qui sut dresser un remarquable écrit analytique sur « l'Etat dans l'histoire », voulait rencontrer des anarcho-syndicalistes, et il y en avait à St Sauveur ...

Lorsque j'ai connu Didier, il était déjà dans ce qu'il appelait son « ermitage ». Au quotidien, il écrivait et analysait l'époque en articulant les points de vue psychanalytiques, anthropologique, économique, sociologique, philosophique, politique, littéraire, comptable, historique, juridique, historique du religieux ... Il étudiait, croisait, synthétisait, avec adresse et érudition, tous ces points de vues pour livrer ses analyses globales, désireux d'accompagner les transformations majeures de notre temps, le basculement inéluctable de l'histoire ...

Multi-diplômé, ancien commissaire aux comptes, éjecté par le système pour avoir voulu l'attaquer en son cœur, il jubilait à surprendre et avoir surpris, tel ou tel directeur d'établissement social, hautain et trop sur de lui, croyant avoir à faire avec Didier à un miséreux résigné et ignorant, lorsqu'il découvrait que derrière cet anonyme dérangeant, se cachait un redoutable combattant, érudit et surdiplômé !!

A partir de notre rencontre, nous avons œuvré, en parallèle, en « voies de traverses », à tout mouvement connu, pendant 20 ans, ponctuant ces œuvres sur lesquelles je reviendrais plus tard, de rencontres mensuelles autour d'un bon repas. Auber, Malakoff, le 2ème, quelques voyages séminaires dans la Sarthe etc ... Cela a trop vite passé.

Que sais-je de lui ? Ce qu'il m'en a raconté ... Une enfance à Segrie-sur-Sarthe, il y a été élevé par sa grand-mère, pas par ses parents, pas par sa mère. D'où une certaine distance, affective, vis-à-vis de cette dernière. Les années 60, Mai 68, Didier a 20 ans le 1er Mai. Paris, la Sorbonne, l'ébullition, les rivalités politiques, contre les trotskystes lambertistes de l'AJS (alliance des jeunes pour le socialisme), Didier est dans la lutte des classes. Il croise aussi, Jacques Attali, 24 ans, polytechnicien et déjà diplômé de l'ENA, il s'y oppose.
Années 70, les alternatives concrètes, les communautés, Il est à Troyes, en Champagne, avec Patrick son ami de toujours, ils y font la guerre de Troyes (un manuscrit la relatant, mais jamais édité a pu être sauvé).
Années 80, la vie professionnelle, Didier est commissaire aux comptes, il est marié avec Micheline mais sans enfants, il a voiture avec chauffeur, taxis, restaurants tous les midis, costard cravate ... Ca marche plutôt très fort pour lui. Il aime les courses de formule 1 et la route, mais n'a jamais passé le permis de conduire. Le rugby aussi, sans être vraiment sportif. Comment cette vie s'est arrêtée et dans quel ordre ? Séparation, divorce ? Ejection du système en tant que commissaire aux comptes ? Je l'ignore. Ce qu'il m'a raconté, c'est que, de sa position, il a tenté d'attaquer le cœur du système capitaliste et financier, mais que le « système » l'a éjecté. Exclu, c'est parmi les exclus de la fin des années 80 aux années 90 qu'il a donc repris la route, toujours avec sa plume et ses nombreux écrits ... Il rencontre le dessinateur Fabrice Caillet, Berdagué aussi dans le 2ème arrondissement de Paris. C'est là que je le rencontre en 1994. Son QG, là où l'on peut lui laisser des messages, c'est le petit café de Madame Odette, rue du Mail. Quelques années plus tard, nous aurons aussi tenté de sauver le petit Bistrot de Madame Odette. Avec l'aide du nouveau Maire vert du 2ème, Jacques Boutault, ex-rédacteur du périodique anar « la riposte » très diffusé dans les années 9O, nous aurons réussi à retarder, il y a une dizaine d'année, la fermeture de ce petit bistrot en faillite ... Beaucoup de ceux et celles qui accompagneront, un temps ou plus durablement, nos projets commun, ceux du dispositif Fragments, sont des gens qui auront gravité autour de ce petit bistrot aujourd'hui disparu. Comme Raoul Tévès, par exemple.
Mais pour l'heure, notre rencontre se construit autour de cette partie du mouvement anarchiste qui gravite autour des actions et des assemblées générales de la « coordination des sans-abris », basée rue St Sauveur dans un immeuble squatté. C'est l'Union des anarchistes, l'UA, avec les groupes « germinal » et « ni dieu ni maître », qui éditent « les nouvelles libertaires » et « l'arbre et dans la graine », en co-organisant des réunions-débats mensuelles, dans une salle de la libre pensée rue des Fossés-Saint-Jacques, dans le 5ème. Ils agissent aussi au côté d'anarcho-syndicalistes de l'AIT. Il a d'ailleurs adhéré, très brièvement à la CNT-AIT. Didier est à l'aise, il a connu Gaston Leval. Il participera à nombre de réunions publiques, il en organisera lui-même, notamment sur l'histoire et l'impact de la « beat génération ». Par cette UA, il rencontrera un nouvel l'amour, celui d'un homme et d'une femme, avec Claire Gabriele qui écrit et dessine, et elle aussi a vécu « une époque en enfer », membre Niçoise de l'organisation anarchiste. Une relation amoureuse, tumultueuse, « ni avec toi, ni sans toi », étalée sur plusieurs années, où il fera tout pour la faire connaitre, pour qu'elle vive de son art. Ils vont s'éloigner de cette mouvance anarchiste, trop marquée selon eux par une influence résiduelle de la mentalité « post soixante-huitarde ».
La période est dure, sombre, instable et Didier a besoin de stabilité de construire une dynamique nouvelle, créatrice, fédérant tous les talents créateurs, qui devra dépasser tous les mouvements empêtrés dans le passé, c'est la naissance du « projet fragment ». Au début, cela devait commencer par une revue, sur papier, « fragments » qui aurait été distribuée dans les kiosques et maisons de la presse, nous en avions le financement, mais un « coup du sort » a réduit à néant ce financement. Nous avons alors du réviser nos projets avec des moyens minimes, petits journaux et feuilles, à faible tirage, mais à distribution ciblée et stratégique : « Aspects de la France et du monde », « Fragmentations », « Fractures et Factures », « pré-fragments » dont tous les textes figurent sur le site fragweb.org et constituent une véritable chronique des années 2000. Le site internet fragweb.org, deviendra, avec les blogs « mozaïque », « fragmental » et « fractal », la suite logique du projet initial. Malakoff, avec Jean-Pierre Miraux, la séparation d'avec Claire Gabriele, puis Aubervilliers où il a fini sa vie. Sa rencontre avec le poète de la ratière du Palais Royal Raoul Tévès, qui deviendra à la mort de Didier son héritier comme légataire universel.
Quelques séminaires épiques et ses rencontres inattendues « on the road » dans la Sarthe, à Provins, à Fontainebleau, des déjeuners de travail mensuels, dont beaucoup au « Bienvenu » dans le 2ème, mais aussi dans le 15ème ... Difficile de citer ici, tous ceux et celles qui ont croisé Didier, ces dernières années, comme le poète Abder Zegout, mais vous pourrez rencontrer beaucoup d'entre eux, à travers des fragments de leurs œuvres, présentes justement sur le site fragweb.org ... Année 2010, nous démarrons le projet éditions de livres, et nous choisissons, tout en continuant site web et blogs, la maison d'autoédition BOD, « Books On Demand », Didier y produira quatre tomes de sa série « Maurice », l'un de ses doubles parcourant Auber' avec ses amis, mais lui ne buvant que du Vittel-Menthe, jusqu'en fin 2013 ... Les livres de Didier sont alternés avec les sorties de recueils des poèmes de Raoul Tévès. Les « Maurice », il vous sera facile de vous les procurer, vous les trouverez aisément en tapant sur n'importe quel moteur de recherche sur le web, « Didier Davoust Maurice », et vous aurez le choix de la commande. Maurice, une lecture articulant réel, imaginaire et symbolique, croisant divers point de vue comme une chronique des années 90 à 2000...

Voilà, quelques lignes encore pour évoquer quelques-uns de ses thèmes et influences de prédilection, que vous pourrez retrouverez sur fragweb.org ...

La Beat Génération, sa dynamique créatrice, ayant favorisée par le soutien mutuel, l'amitié, l'amour, mais aussi les rivalités d'émulation (à contrario de la concurrence), les créations singulières, en particulier littéraires. Bien sûr, à côté des autres, comme Gary Snyder, Jacques Kerouac, sans doute le plus proche de Didier Davoust quant à sa vision du monde, sa cosmogonie, son devenir. Mais la vitalité de la jeunesse a pris le dessus jusqu'au bout, chez Didier, sur le repli et l'aigreur. De nombreuses expressions de Kerouac, ont ponctué sa vie, « on the road », « Les pieds sur terre et la tête dans les Etoiles ». A lire de Kerouac aussi, « Satory à Paris ». Didier Davoust recommandait toujours la lecture des grands écrivains, en particulier américains, le souffle épique de leurs expériences. Mais Didier recommandait de re-traverser l'Amérique d'Ouest en Est, de travailler sur la côte Est plutôt que de s'amuser sur la côte Ouest ... Toute une symbolique bien sûr en rapport avec le clivage qu'il percevait entre le temps de la création première dans ce qu'elle possède comme vertus de générosité, d'effort, de liberté et d'aventures épiques, à contrario que la création galvaudée dans une « jouissance sans entraves » digérable par la marchandisation, qu'il percevait en Californie, et qui le renvoyait à ce qu'il appelait le « négatif de 68 ».
Les grand écrivains, donc ! Alors lisez Henry Miller, ses tropiques et jours tranquilles, qui renvoient tant aux jours tranquilles de Malakoff, d'Aubervilliers, du Palais Royal et de Mme Odette ....
Oui Didier critiquait sévèrement le négatif de 68 qu'il percevait par la dispersion et le refus de l'effort, comme un produit digérable par le capitalisme. Didier Davoust disait : « Faites 69, pas 68 », c'est-à-dire « faites Tantra », autrement dit, faites l'amour, dans ce qu'il a de plus créateur, de de plus fondateur, de plus révolutionnaire. A ce propos, il voyait la révolution, en dépit des orientations et attirances sexuelles relevant des désirs subjectifs intimes et singuliers, comme ne pouvant résulter que de la rencontre, dans sa plus grande complémentarité altière, entre l'homme et la femme. Toujours dans « l'ordre du temps ».





A propos de la Loi fondamentale de la Loi structurante, il y avait un différend entre nous. Je pensais, et pense encore, qu'il fallait réécrire La Loi. Didier pensait, qu'elle était déjà écrite, et qu'il fallait juste l'accomplir dans ce qu'elle avait d'inaccomplie, et il voyait donc dans le monothéisme chrétien, la religion qui permettait, dans son ultime accomplissement, de sortir de la religion. La religion, à prendre dans le sens du relier, de ce qui relie les être entre eux, en filiation, comme affiliation, contre tout fétichisme et perversions hiérarchiques de la Loi fondamentale. Didier Davoust, s'appuyait aussi sur Pierre Legendre, pour dénoncer la consubstantialité de la société actuelle, dans l'organisation de sa gouvernance capitalistique, avec le nazisme, dans ce qu'elle avait en commun : la destruction de la filiation et de la filiation, c'est-à-dire des liens sociaux transversaux et proprement humains qui, pour le meilleur et pour le pire, avait toujours prévalu dans la société. Sauf justement sous le nazisme (sans en banaliser les effets finaux les plus atroces) et dans le monde actuel. Didier Davoust incitait à articuler, de façon multidisciplinaire, les approches, les auteurs singuliers et universel, littéraires, anthropologiques, économiques, psychanalytiques, sociologiques ... C'est ainsi qu'il a toujours étudié sur ces différents axes, et qu'il s'est retrouvé multi-diplômé.
Freud, Lacan et sa « prohibition de la loi de l'inceste », Oury, Marx, Bakounine, Gaston Leval, Chrétien de Troyes et ses chevaliers de la table ronde, le roman et les romantiques allemands, la littérature américaine, l'anthropologie, mais aussi les écrits spirituels et symboliques des grandes religions.

Ne pas confondre le réel et la réalité, recommandait-il aussi. Dépasser l'opposition entre matérialisme et idéalisme, par la spiritualité, celle qui nous relie à la terre, « les Pieds sur terre et le tête dans les étoiles », Kerouac encore.

Didier Davoust, aura aidé en nombre incalculable de gens, pourvus qu'ils se prennent en charge à minima, pour qu'ils se sortent de la merde, de la galère, grâce à ses hautes compétences financières, administratives, économiques, philosophiques (ah, oui, il a été prof de philo aussi), stratégiques et multidisciplinaire. Presque aussi, comme un écrivain public. Didier Davoust, aidait les plus exclus, les jeunes, les hommes et femmes de toutes origines, et les accompagnait sur le chemin de leur accomplissement.

Depuis 15 ans, il vivait son ermitage à la cité de l'ADEF à Aubervilliers. Là aussi, il a continué à aider les gens, au fil de ses rencontres, mettant ses compétences comptables, économiques, administratives, juridiques, à leur service par son talent d'écrivain. Il écrivait de nombreux courrier, beaucoup moins cette dernière année où il s'était mis au téléphone portable. Il choisissait ses timbres. Didier disais toujours que ses courriers faisaient partie de son œuvre littéraire. Toutes ses pensées, écritures, rencontres singulières, sont dans le site. Didier était sans concession aucunes lorsqu'il s'attaquait au monde des idées et du politique. Généreux avec les gens du quotidien, il ne l'était pas avec les décideurs, mais il restait juste dans ses appréciations.

Lorsqu'il a enfin touché sa retraite il y a 4 ans, lorsque sa mère est décédée et avec la vente de sa maison, il aurait pu changer matériellement sa condition, son quotidien. Il a préféré, offrir une rente à son ami et complice, le poète Raoul Tévès qu'il aura désigné comme son héritier, pouvoir organiser des repas au restaurant avec les femmes de ménage de l'ADEF, participer plus, financièrement, à ses projets. Mais sans changer son mode de vie à l'ADEF.

Il était très apprécié à l'ADEF, et je ne peux que remercier ses plus proches voisins de chambrée, son voisin et ami Monsieur Hervé, dit l'Ours, et les dames de l'entretien de l'ADEF, pour leur aide précieuse, pendant sa maladie, au moment de son décès, et au décours pour sauver ses œuvres originales. Je ne peux que remercier Christelle, son infirmière de la clinique, qui a poussé son amitié pour lui jusqu'à la petite cérémonie de mise en Bière, jusqu'à son aide précieuse pour le sauvetage de ses affaires les plus précieuses à ses yeux : ses écrits.

Maurice - Didier Davoust - n'est plus et ses amis le pleurent : Dany et Soquetta, qui aimaient leur « tonton Didier », leurs parents Monsieur et madame Robert du tabac d'Aubervilliers, Hervé l'Ours, Christelle. Nous étions quelques-uns pour cette mise en bière à évoquer dans la bonne humeur des bons moments passés, lors d'une cérémonie improvisée, les souvenirs de Didier, devant son corps inerte et apaisé. Michel de l'AIT était là aussi.

Puis le départ du convoi, pour une inhumation le lendemain, au côté de sa mère, à Ségrie sur Sarthe, avec quelques nièces, et voisins, et aussi Hervé, Monsieur et Madame Robert, leurs enfants, qui avaient pu faire le voyage ...

La dernière année, dans sa lutte contre la maladie avec l'aide de la clinique d'Aubervillers, Didier pensait pouvoir, dans ce nouveau « partenariat », involontaire pour lui, transformer dans un sens plus humain le système hospitalier. Il ne fut pas un malade banal, et continua d'étonner et de surprendre par sa personnalité et ses points de vue singuliers.

Certains sont morts avant, Jean-Pierre Miraux, madame Luce Gorce ... La même maladie ...

Juste avant la destruction de ses affaires dans son petit logement de l'ADEF, il aura fallu sauver ses œuvres, des manuscrits originaux à éditer, des enregistrements audio d'émissions de radio etc ... Gageons que nous parviendrons à maintenir son existence en action. Il a le temps avant d'être démodé, car même s'il déroutait parfois, celui qui le connaissait bien savait qu'au fond, ce dérangement n'était que la marque d'une pensée « avant-gardiste ». Au fond, nous pouvons diffuser encore longtemps ses écrits, anciens et plus récents, ils garderont une longueur d'avance et ne sont pas prêts d'être démodés !!

Un fichu caractère aussi, ce Didier Davoust ! Des « turpitudes » aussi, reconnaissait-il dans une de nos dernières conversations téléphoniques. Et des parts d'ombres aussi, comme tout un chacun. Etait-il croyant ou athée ? Où voulait-il réinterpréter, réorienter et accomplir, la symbolique sous-jacente des écritures chrétiennes, en particulier catholiques ? En tout cas une contribution structurante vers l'articulation harmonieuse entre l'individuel et le collectif ...

Didier Davoust n'est plus en vie, il va me manquer, car j'aimais nos conversations où nous poussions au bout, et j'aurais aimé traverser le « Rubicon » avec lui ... Il aurait jubilé, de cette traversée, enfin ! Il n'est plus, en tant que vivant en ce monde, mais pour les autres, il peut continuer à exister par son œuvre immense.
Comme un fait exprès, dans l'ordre du temps, le site fragweb.org a failli disparaitre au moment de sa mort. Il n'en a rien su, car il aura fallu trouver en urgence un nouveau serveur, un nouvel hébergement, un nouveau webmaster. Le site s'est retrouvé en panne pendant une semaine, celle de ses funérailles, et puis, est réapparu. Une page de tournée, un nouveau chapitre ouvert, écrit et à écrire ...

Son œuvre est en réalité son véritable héritage, son testament des temps mutants, légué à l'humanité toute entière !

Il me nommait « le cardinal », c'était une décoration, un grade symbolique, mais il me voyait à ce niveau fonctionnel là, dans le vaste collectif mondial du relier, bien que - même symboliquement - je n'ai jamais envisagé de devenir un « Pape » !

A l'heure où j'écris ces lignes, j'apprends la mort d'un autre ami et compagnon de route de Didier, à mi-chemin, au cœur des années 90 : Michel Noury ...

Yves-Michel Dusanter, le 4 décembre 2014.





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